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L'exemple de Jérôme Lejeune est stimulant pour nous tous

Publié le 19/11/2014 dans Témoignage

barbarin

L’exposition “ Jérôme Lejeune : une découverte pour la vie” s’arrête à Lyon du 24 novembre au 3 décembre. Mgr Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, inaugurera l’exposition. Il revient sur l’héritage de Jérôme Lejeune et les défis éthiques de notre société.

D’avril 2014 (mort de Jérôme Lejeune) à avril 2015 (création de la Fondation Jérôme Lejeune) , la Fondation Jérôme Lejeune fête « 20 ans de défi scientifique et éthique ». Dans ce cadre, une exposition « Jérôme Lejeune, une découverte pour la vie » est organisée dans plusieurs villes en France. Lyon accueille cette exposition du 24 novembre au 3 décembre. Vous l’inaugurez le 23 novembre. Pour vous, qui est Jérôme Lejeune ?

Le professeur Lejeune, je l’ai d’abord connu dans un cadre familial. Je me rappelle un dimanche où nos deux familles étaient réunies avec une troisième ; il y avait le temps des groupes séparés, les jeunes d’un côté et les parents de l’autre, puis de beaux moments en commun. Nous discutions et nous aimions l’écouter, mais aussi nous chantions ensemble. Il devait bien aimer la musique ; je crois me rappeler qu’il grattait la guitare pour nous accompagner. Au mariage de l’une de ses filles, il avait travaillé avec tout un petit groupe l’Alleluia du Messie de Haendel, pour le chanter à la fin de la Messe, … un exploit ! Pour nous, ce n’était pas tellement « le Professeur », même si nous savions bien avec qui nous étions.

Un de mes frères l’a retrouvé beaucoup plus tard en consultation lorsqu’une de ses enfants est née avec un handicap. Moi, j’ai gardé contact avec son épouse et quelques-uns de ses enfants, et une vraie amitié avec l’un d’entre eux... C’est pour cette raison sans doute qu’au moment du 10ème anniversaire de sa mort, au printemps 2004, la famille m’a demandé, avec l’accord du cardinal Lustiger, de célébrer la Messe pour lui à Notre-Dame de Paris. Cette année, pour le 20ème, j’étais heureux de le faire à la Primatiale saint Jean, à Lyon.

Quelle dimension de Jérôme Lejeune est la plus utile pour nous aujourd’hui : Le scientifique qui a découvert la trisomie 21 et le généticien qui consacré sa vie à trouver un traitement pour les déficients intellectuels ? Le défenseur de la vie médecin de l’école d’Hippocrate, qui à ce titre refusait de supprimer la vie des êtres humains dès lors qu’ils sont conçus ? Le croyant ami du pape Jean-Paul II et 1er président de l’Académie pontificale pour la vie ?

Pourquoi choisir entre ces trois aspects essentiels de sa personnalité ? Le témoignage d’un scientifique croyant est toujours parlant. J’ai remarqué que pour les jeunes, spécialement les étudiants, c’est très important. Récemment, j’ai lu une enquête expliquant que la proportion de scientifiques croyants était la même en 1900 et en 2000 (environ 40%). On veut souvent monter la science contre la foi ou l’inverse. Pour ma part, je pense qu’il n’y a pas d’antagonisme foncier, tout au plus des combats de frontière qui viennent de l’étroitesse d’esprit ou de la tendance hégémonique de certains scientifiques ou théologiens. Lorsque chacun a une juste idée du travail qu’il accomplit, il respecte l’autre et reconnaît sans difficulté qu’il peut y avoir d’autres approches. Il y a quelques années, lors d’un colloque à Lourdes, j’ai entendu le Professeur Montagnier dire cette phrase savoureuse pour un homme qui se dit incroyant : « On dit souvent que la médecine fait des miracles ; mais je ne vois pas pourquoi on interdirait au ciel d’en faire aussi. »

Incontestablement, la foi en un Dieu créateur et Père qui conduit au plus grand respect de la vie, était un point essentiel pour le Professeur Lejeune comme pour Jean-Paul II. Leur amitié était ancienne et elle s’élargissait à d’autres personnes comme Wanda Poltawska, une polonaise, médecin également, qui a beaucoup travaillé avec Jean-Paul II. On sait qu’avant l’attentat du 13 mai 1981 sur la place saint Pierre, le pape venait de déjeuner avec Jérôme Lejeune et en 1997, lors de sa venue à Paris pour les J.M.J., il est allé se recueillir sur sa tombe avec toute la famille Lejeune.

Peu de temps après avoir été nommé premier Président de l’Académie Pontificale pour la vie, la maladie l’a vite emporté. L’exemple de la recherche persévérante est stimulant pour nous tous. Jusqu’à la fin de sa vie, il voulait trouver la manière de soigner ou guérir la trisomie. Il a donné un bel exemple de courage. Il n’a jamais accepté de céder aux modes et a préféré le respect de sa foi ou de ses convictions aux honneurs de ce monde. Tout cela nous encourage à remettre, si je puis dire, notre vie « à l’endroit ».

Avortement, manipulation de l’embryon, sélection prénatale, industrie procréatique, euthanasie : en France depuis 40 ans les responsables politiques contribuent à développer une culture de l’élimination des indésirables En France, il semble que seuls les chrétiens représentent une force pour dénoncer ces dérives éthiques et médicales. Partagez-vous ce constat ?

Oui, c’est une pente dangereuse. Mais il faut reconnaître que l’eugénisme est une tentation récurrente à toutes les époques. Comme beaucoup d’autres, sans doute, j’ai découvert avec tristesse cette tendance chez Alexis Carrel dont pourtant j’avais aimé le célèbre ouvrage L’homme, cet inconnu. Récemment, j’ai lu une publication du P. Joseph Verlinde, très bien faite et affligeante, où il montre que l’eugénisme est présent depuis toujours, et dans de nombreux courants de pensée.

Lutter là-contre, est-ce le fait des seuls chrétiens ? Grâce à Dieu, je vois que non. Pour avoir souvent dialogué avec des Juifs et des musulmans ou avec des athées sur ce sujet, y compris dans des conférences publiques ou devant les médias, j’ai souvent senti chez des non chrétiens et des non croyants un grand respect de la vie humaine. Lorsqu’il était Président du CRCM de Rhône Alpes, le professeur A. Gaci m’avait dit un jour : « Tous les textes que vous écrivez sur ces sujets, je suis prêt à les signer. » Il est vrai pourtant qu’un jour à la Cité des sciences, lors d’un débat animé par le professeur Frydman, celui qui a permis la naissance d’Amandine, le premier « bébé-éprouvette », comme l’on dit, je l’ai entendu conclure les interventions des représentants des différentes religions par cette phrase : « Même si je ne pourrai jamais être d’accord avec elle, la seule position cohérente de bout en bout, c’est celle de l’Eglise catholique. »

Quel message pouvez-vous passer aux chrétiens découragés par l’emprise de la culture de mort dont les promoteurs sont majoritaires et qui structure l’opinion, alors qu’elle détruit la société, les familles, les personnes ?

Je commencerais par dire qu’un tel dérèglement est certainement la conséquence de grandes souffrances, plus ou moins conscientes, et qu’il faut prendre le temps de les écouter et de les comprendre, au lieu de répéter et affirmer des principes, ce qui ne servira qu’à aggraver les clivages et la violence. J’ajouterai aussi que le découragement, non seulement est un péché, mais qu’il en entraîne beaucoup d’autres, comme la lâcheté, la démission… Le Seigneur ne nous a pas chargé de convaincre ni de gagner. Il ne nous a pas assuré le succès. Il nous a demandé d’aimer tout le monde, comme lui-même nous a aimés (et c’est vraiment un commandement qui est au-delà de nos forces, s’il ne vient pas le vivre en nous). Et il nous a donné comme consigne - c’est même sa dernière phrase sur terre : « Vous serez mes témoins », et juste avant : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit » (Act 1, 8). Nous avons donc, à chaque génération, « l’équipement » intérieur nécessaire pour faire face aux situations qui se présentent. Il est arrivé souvent, dans l’histoire, que des sociétés et des civilisations s’égarent, mais il n’y a aucun risque que Dieu nous abandonne. A nous de tout faire pour rester dans sa main.

Le dimanche 25 janvier 2015 aura lieu la 10ème Marche pour la vie. L’objectif est de maintenir une conscience en France sur l’importance du respect de la vie humaine fragile comme principe essentiel de notre société. Cette année la mobilisation ne peut ignorer l’enjeu de l’euthanasie, compte-tenu de l’actualité politique. Un message de mobilisation pour ce 25 janvier ?

Cette manifestation garde une grande valeur symbolique, et elle touche plus qu’on ne le croit. Elle rappelle que la suppression d’une vie humaine qui commence son cours est une profonde injustice, un acte d’une terrible gravité. Dans l’année du 50ème anniversaire de la clôture du Concile Vatican II, on ne peut oublier la clarté avec laquelle la constitution Gaudium et spes s’exprime à ce sujet. Il n’est pas question de juger les personnes qui ont vécu (ou participé à) un avortement. Dieu connaît leur cœur et elles savent que Sa miséricorde leur est toujours offerte. Mais quand j’ai entendu, l’an dernier, que maintenant une page s’était tournée, que c’en était fini avec la loi Veil ou avec les situations de détresse, et que chacun pouvait disposer de son corps, je me suis décidé à participer à « la Marche pour la vie ».

Pour janvier 2015, je n’ai pas encore regardé si mes obligations pastorales me permettront d’y prendre part, mais la question de l’euthanasie et de l’accompagnement de tous ceux qui sont en fin de vie, est aujourd’hui un enjeu essentiel et bien embrouillé dans toute l’Europe. Sur ce point aussi, nous avons un témoignage à donner. Je pense aux derniers mois de la vie de saint Jean-Paul II, au début de l’année 2005. Jusqu’au bout, il est resté conscient de sa situation. En février, il a accepté de subir une trachéotomie pour ne pas mourir étouffé, mais le mois suivant, il a refusé, m’a-t-on dit, qu’on lui fasse une gastrectomie. Quand l’heure du départ est venue, pourquoi la craindre ? Nous sommes aimés et attendus !

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Chère future Maman...

 

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