Défense

L’embryon est-il un être humain ?

L’embryon est-il un être humain ?

L'embryon est-il un être humain ?

L’histoire de la vie

Tout commence à la première cellule qui résulte de la fusion des gamètes lors de la fécondation.

Elle possède un code génétique unique : 23 chromosomes du père et 23 chromosomes de la mère.

Ces deux étapes principales permettront à l’embryon de se déployer et de se former : l’embryogenèse et l’organogenèse, lors desquelles le zygote opère sa division cellulaire, accomplit son voyage dans les trompes maternelles pour aller s’implanter dans la cavité utérine, et commence la formation de ses organes.

C’est ce que l’on appelle plus communément un embryon. 

Peut-on dire que cet embryon est ?

Que dit la science ?

Que dit le droit ?

Que dit la philosophie ?

Cette page s’efforce de donner des réponses à ces questions. 
Elles sont cruciales pour comprendre les débats autour de l’embryon humain :

Peut-on produire des embryons en laboratoire ?
Peut-on congeler des embryons ?
Peut-on manipuler des embryons ?
Peut-on les vendre ? 
Peut-on les détruire ? 

L'éthique

L'embryon est-il membre de l'espère humaine ?

Qu’est-ce qu’une espèce ? 

Une espèce est un groupe d’individus interféconds présentant des caractères communs.

La définition de ce terme a donné lieu à de nombreux débats dans l’histoire des sciences. De l’Antiquité au XIXe sc, on considère l’espèce selon une thèse fixiste : c’est un ensemble formé par des individus qui se ressemblent et qui donnent une entité immuable.

La théorie darwinienne de l’évolution révolutionne la notion d’espèce : toutes les espèces auraient un lien de parenté et une durée de vie limitée dans le temps. L’espèce évoluerait en fonction de la capacité des individus à s’adapter dans leur milieu.

On définit aujourd’hui la notion d’espèce en fonction d’un certain nombre de critères :

  • Les critères de phénétiques : la morphologie des individus
  • Les critères biologiques : l’interfécondité (c’est-à-dire que deux individus qui sont capables de se reproduire pour donner une descendance fertile appartiennent à la même espèce) et les données moléculaires de flux de gènes (c’est-à-dire la possession de gènes communs dans ou entre populations).
  • Les critères écologiques (surtout pour les espèces végétales)

L'embryon est-il un individu autonome ?

a. L’individualité du vivant est un processus

Quand il s’agit d’un être vivant, l’individualité a une dimension toute particulière : en effet l’individu vivant s’inscrit dans le temps. Son commencement et sa fin sont une naissance et une mort et entre les deux il se développe et change tout en restant le même. L’individualité d’un être vivant n’est pas un état ou une structure : c’est ce que l’on appelle une individuation : c’est un processus au long duquel l’individu construit sa propre identité.

 

b. L’embryon est un individu autonome puisqu’il vient des gamètes de ses parents

Dans le cas de l’embryon humain, l’œuf est fécondé par la rencontre des gamètes masculins et féminins : à ce moment-là une nouvelle entité voit le jour, radicalement différente des éléments dont elle provient. Le zygote devient un organisme complet : il a des propriétés qui ne sont pas celles du spermatozoïde et de l’ovule dont il est issu. Il y a donc à la fois continuité : transmission de la vie par des entités préexistantes, et différence : apparition d’une vie radicalement nouvelle et séparée de ses composants. L’embryon à son premier stade a déjà toute la potentialité d’un nouvel individu, ce qui signifie au sens scientifique que son futur est contenu dans son présent à l’état latent.

Bien sûr, il est possible que cet embryon n’atteigne jamais le stade de fœtus ou de nourrisson (comme en cas de fausse-couche). Mais cela ne signifie pas que la possibilité qu’il devienne un fœtus ou un nourrisson soit extérieure à lui. Il a déjà, dans son organisme, tous les éléments nécessaires pour être nourrisson.

 

c. L’embryon possède son propre mouvement 

L’embryon est un organisme continu et différencié : en ce sens l’obstacle restant pour le considérer comme un individu peut être celui de son changement permanent. Entre l’œuf unicellulaire et le fœtus, il semble difficile de percevoir une identité. L’embryon est-il donc identique à lui-même à travers le changement ?

L’homme connaît effectivement une morphogenèse : c’est-à-dire un changement continuel de sa forme. Or, pour l’embryon comme pour l’homme, ces changements permanents sont effectués par lui-même : c’est l’organisation interne de l’embryon qui fait évoluer tous ses états (zygote, morula, fœtus…). L’embryon, comme tout être humain, a en lui-même le principe de son changement. En cela, il se distingue totalement d’un objet, qui ne change que par une intervention extérieure. A titre d’exemple, une marionnette a besoin de l’intervention humaine pour être mise en mouvement. Le mouvement de l’embryon ne lui vient que de lui- même.

Comme tout individu vivant, l’embryon a donc la capacité de s’auto-construire. Il a une identité propre qui se construit dans le temps à travers ce processus de formation qu’est l’embryogenèse.

 

« Un être qui mesure un centimètre de long est-il respectable ? S’il en mesure cinquante, devient-il vingt-cinq fois plus respectable que le précédent ? Les gens qui comptent en années et kilogrammes le respect qu’ils doivent à une personne ne sont pas animés de bonnes intentions. »

Jérôme Lejeune

Généticien

L'embryon : personne ou amas de cellules ?

Le droit

« L’être humain potentiel » : le rapport Warnock

« L’un des points de référence dans le développement de l’individu est l’apparition de la gouttière primitive. La plupart des spécialistes la situent environ vers le 15e jour après la fécondation. Ceci marque le début du développement individuel de l’embryon. Le choix de cette limite est compatible avec l’opinion de ceux qui privilégient la fin de la phase d’implantation comme limite. » p. 104

De 1982 à 1984 s’est tenu en Grande-Bretagne une Commission d’enquête pour la fertilité et l’embryologie : la Commission Warnock. Dans son rapport, la Commission fait apparaître un terme nouveau pour justifier la limite de la recherche sur l’embryon à 14 jours : « l’être humain potentiel ». En effet, au 15e jour commence à apparaître la gouttière neurale, qui correspond aussi à la fin de l’implantation dans l’utérus. C’est à partir de cette « gouttière primitive » que se développeront le cerveau et la moelle épinière – ce qui justifierait de donner à ce moment-là à l’embryon un statut moral suffisant pour permettre sa protection contre la recherche.

L’expression être humain potentiel signifie donc que l’embryon ne devient un être humain actuel qu’au 15e jour. La conséquence est à la fois pratique et symbolique. Pratique car cela donne une limite mais aussi justifie la culture des embryons in vitro et la recherche jusqu’au 14e jour après la fécondation. Symbolique car si l’embryon n’est pas encore vraiment un être humain, le respect qui lui est dû peut être extrêmement limité.

L’ambiguïté du rapport Warnock consiste à identifier l’individualité de l’embryon à un moment particulier de son développement : l’apparition de la gouttière primitive. Cette décision surprend par sa dimension arbitraire : pourquoi cette gouttière confère-t-elle le statut d’individu à l’embryon s’il ne l’a pas auparavant ? Cette décision révèle également un présupposé morphologique. L’apparition de cette gouttière primitive correspond au moment où l’embryon commence davantage à ressembler à l’être humain adulte. C’est le début de la différenciation morphologique. Ainsi, la commission semble affirmer que jusqu’au 15e jour il y aurait un processus qui aboutit à un être humain individuel mais pas avant. Cela ne peut que reposer sur l’idée qu’un être n’appartient à l’espèce humaine que lorsque sa structure ressemble aux caractères morphologiques de son espèce. Ce présupposé est totalement dépassé par la génétique moderne qui permet d’ajouter au critère morphologique le critère génétique. Lors de la fécondation, c’est un génotype totalement nouveau qui vient au jour, humain et individué.

La génétique humaine se résume à un credo élémentaire qui est celui-ci :
Au commencement il y a un message, ce message est dans la vie, ce message est la vie.

Et si ce message est un message humain, alors cette vie est une vie humaine.
Jérôme Lejeune
Généticien

La notion de pré-embryon

La notion de préembryon apparaît sans doute pour la première fois dans la littérature scientifique de l’European Science Foundation  en  1985. Le préembryon  est alors défini comme :

« la collection des cellules qui se divisent jusqu’à l’apparition de la ligne primitive » (cité dans P. Oliviero, « La notion de préembryon dans la littérature politico-scientifique »).

Cette notion vient confirmer la limite des 14 jours du rapport Warnock comme étant une donnée scientifique.

Cette notion permet à nouveau de sortir le jeune embryon de la communauté des hommes, protégés par les principes éthiques et juridiques de respect de la personne humaine. La dénomination permet de justifier l’utilisation de l’être humain comme d’une chose.

Le « projet parental » : vision relationnelle de l’identité qui nie la réalité de l’être humain.

La notion de projet parental a vu le jour en droit dans la première loi de bioéthique de 1994. Directement liée à la fécondation in vitro, elle permet de prévoir le destin des embryons surnuméraires. Tant que les parents ont un projet parental, c’est-à-dire le désir d’avoir un enfant, l’embryon sera conservé et protégé dans les CECOS. Au bout de cinq ans, s’ils n’ont plus ce projet ou en cas de décès, trois possibilités s’offrent à eux : l’accueil de leur embryon par un autre couple, le don de l’embryon à la recherche médicale ou sa destruction directe.

La notion de projet parental permet donc de transformer radicalement notre rapport à l’embryon humain : celui-ci n’est plus un être individuel et substantiel. Il est seulement une idée abstraite contenue dans les représentations de ses parents. Tant que ses parents le désirent et projettent un avenir pour lui, il existe. Sitôt que le projet disparaît, l’enfant meurt avec lui : l’embryon n’a plus alors aucune légitimité. Le projet parental permet donc de définir l’être humain non plus en fonction de ce qu’il est – un être existant – mais seulement de façon relationnelle – attendu ou refusé. Il s’agit d’une négation absolue de la réalité du vivant qui s’impose à l’adulte.

 

L’histoire de Tom Pouce,

racontée par le Professeur Jérôme Lejeune

 

« À l’âge réel d’un mois, l’être humain mesure quatre millimètres et demi. Son cœur minuscule bat déjà depuis une semaine, ses bras, ses jambes, sa tête, son cerveau sont déjà ébauchés. À deux mois d’âge, il mesure de la tête à la pointe des fesses quelques trois centimètres. Il tiendrait replié dans une coquille de noix. À l’intérieur d’un poing fermé, il serait invisible, et ce poing fermé l’écraserait par mégarde sans qu’on s’en aperçoive. Mais ouvrez votre main, il est quasiment terminé, mains, pieds, tête, organes, cerveau, tout est en place et ne fera plus que grossir. Regardez de plus près, vous pourriez déjà lire les lignes de la main et dire la bonne aventure. Regardez de plus près encore, avec un microscope ordinaire, et vous déchiffreriez ses empreintes digitales.

Tout est là pour établir dès maintenant sa carte d’identité nationale.

L’incroyable Tom Pouce, l’homme moins grand que mon pouce, existe réellement ; non point celui de la légende, mais celui que chacun de nous a été. Mais le cerveau, dira-t-on, ne sera terminé que vers cinq ou six mois. Mais non, il ne sera entièrement en place qu’à la naissance ; ses innombrables connexions ne seront toutes établies qu’à six ou sept ans et sa machinerie chimique et électrique ne sera complètement rodée qu’à quatorze ou quinze ans !

Progressivement on atteint la fin de la période embryonnaire, deux mois après la fécondation. À ce moment le petit est grand comme mon pouce. Et c’est à cause de cela que toutes les mères racontant des contes de fées aux enfants, leur parlent de l’histoire de Tom Pouce, parce que c’est une histoire vraie. Chacun de nous a été un Tom Pouce dans le ventre de sa mère et les femmes ont toujours su qu’il y avait une sorte de contrée souterraine, une sorte d’abri voûté avec une lueur rougeâtre et un bruit rythmé dans lequel de tout petits humains menaient une vie étrange et merveilleuse.

Telle est l’histoire de Tom Pouce. »

Les définitions de la vie embryonnaire

Les Principales définitions MEDICALES

Gamètes

Les gamètes sont les cellules de la reproduction. Spermatozoïdes pour les hommes et ovocytes pour les femmes, ce sont des cellules sexuées, mâles ou femelles, avant la fécondation.

Les gamètes ne sont pas des cellules comme les autres. Ils portent le patrimoine génétique de la personne qu’ils composent. De plus, ils ne sont pas efficaces tant qu’ils ne se sont pas rencontrés, mâle et femelle. En effet, chacun d’eux porte les chromosomes de l’individu auquel il appartient, mais en un seul exemplaire. Ainsi, au lieu d’être composé de 46 chromosomes, comme le reste de nos cellules, ils n’en ont chacun que 23.

Les gamètes sont ainsi faits pour rencontrer les gamètes de l’autre sexe avec lesquels ils fusionnent pour

donner un nouvel individu porteur de 46 chromosomes, ordonnés en 23 paires.

C’est au moment de leur fusion qu’a lieu la fécondation. Ils disparaissent alors pour donner naissance à un individu autonome.

Fécondation

La fécondation est le moment de la naissance d’un nouvel être humain. Elle se produit lorsque les deux gamètes s’unissent. Il y a alors fusion des patrimoines génétiques et formation des pronucléi de l’embryon. Ces pronucléi sont les deux noyaux primitifs de l’embryon : 2 noyaux presque identiques formés par le noyau de l’ovocyte et la tête du spermatozoïde. Dès que ces deux noyaux sont identiques : ils fusionnent pour ne faire plus qu’un, une seule et unique cellule.

Dès la fécondation, il y a donc un nouvel ADN, unique, spécifique, singulier. Il y a un nouvel individu au 1er stade de son développement.

Un zygote

Embryon

L’embryon est le nom donné à l’être humain lors de la première période de son développement. Celle-ci va de la fécondation à la 8e semaine de grossesse. L’embryon passe alors par plusieurs étapes : cellule-œuf ou zygote, morula, blastocyste… jusqu’à la 8e semaine où l’on parle désormais de fœtus. Dans ces premiers moments, tous les principaux organes ont commencé à se former.

Zygote

Le zygote est le premier stade du développement de l’embryon. Après la fusion des gamètes du père et de la mère, « l’œuf » ou zygote est en perpétuel mouvement. Du premier instant jusqu’à la fin de la 1e semaine, il accomplit son voyage dans la trompe utérine pour aller s’implanter dans l’utérus. C’est le moment de la division cellulaire, où l’embryon passe de 2 à 4 puis 8 et 16 cellules. Vers le 4e jour, les cellules commencent à se différencier. Le 5e jour, l’embryon devient un blastocyste, une petite fente se forme qui permettra la nidation. C’est le 7e jour que celle-ci se fait : l’embryon s’implante dans l’utérus où il poursuit son développement de façon continue jusqu’à la naissance.

Fœtus

L’enfant in utero est appelé fœtus à partir de la 8e semaine de grossesse : c’est le moment où l’organogenèse est en train de se terminer. À ce stade, toutes les structures majeures sont présentes, dont les mains, les pieds, la tête, le cerveau, et autres organes. À partir de ce moment, le taux de risque de fausse-couche est largement diminué. Le fœtus continue son développement jusqu’à la naissance.

Organisme / Amas de cellules

Un organisme est un être vivant, organisé, doué d’une certaine autonomie. L’organisme humain est l’ensemble des organes du corps humain mais aussi de toutes les fonctions effectuées par ces organes. Un organisme est donc un système vivant, différencié, ordonné de façon à vivre et fonctionner.

Un amas est une accumulation de choses formant une masse confuse. Contrairement à l’organisme, un amas de cellules est donc un agglomérat de plusieurs cellules sans organisation ni unité.

Le respect de l'embryon humain :

La mise au jour de l’embryon humain fut une étape importante du développement de la science et de la connaissance. En devenant capable de concevoir l’embryon en laboratoire, les scientifiques donnèrent à l’humanité un pouvoir inégalé jusqu’à ce jour : celui de connaître dans le détail le processus de développement du début de la vie humaine.

Cette connaissance fascinante se fit pourtant au prix de la manipulation et de la destruction de cette même vie. Pour comprendre ce qu’il se passe dans la conception, il a fallu sortir l’embryon de l’union sexuelle du couple. Une fois sorti, cet embryon est alors placé entre les mains de l’adulte, qui peut le former, le déformer l’utiliser, à sa guise.

Cette connaissance de l’embryon qui nous vient malheureusement souvent par des moyens détournés, doit nous conduire à repenser notre rapport à l’être humain au premier moment de sa croissance. Sa petitesse en appelle à notre responsabilité. C’est pourquoi il est urgent de revenir à la compréhension de ce qu’est l’embryon humain, afin de retrouver le respect qui lui est dû.

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Les autres manuels de la Fondation Jérôme Lejeune :

Prochainement: le manuel sur l'embryon