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Hommage à Monseigneur Jacques Suaudeau, membre du conseil d’administration de la Fondation Jérôme Lejeune

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03 Août 2022 Hommage à Monseigneur Jacques Suaudeau, membre du conseil d’administration de la Fondation Jérôme Lejeune

Monseigneur Jacques Suaudeau s’est éteint paisiblement, jeudi 28 juillet dernier à Voiron (Isère). Chirurgien, prêtre, directeur scientifique de l’Académie pontificale pour la vie, puis délégué du Saint-Siège auprès des comités d’éthique du conseil de l’Europe depuis 2006, il était également membre du conseil d’administration de la Fondation Jérôme Lejeune depuis 2015. C’était un grand scientifique et enseignant, inlassable serviteur de la vie. Il était également cofondateur de la Master Class Jérôme Lejeune « Science et Éthique, des fondements à la pratique », destiné à la formation des étudiants en médecine et profession paramédicales.

La Fondation Jérôme Lejeune rend hommage à une grande âme et un grand esprit au service de l’homme et de la vie.

Témoignage

Par Aude Dugast, directrice de la Master-class Jérôme Lejeune "Science et éthique"

Ancien conseiller scientifique de l’Académie pontificale pour la Vie et Directeur scientifique de la Master-class Jérôme Lejeune, Mgr Jacques Suaudeau a été rappelé à Dieu le 28 juillet. Nous lui rendons ici un hommage plein de reconnaissance.

Docteur en médecine, docteur en théologie, docteur en archéologie, médecin et prélat d’honneur du Saint Père, Mgr Jacques Suaudeau est mort jeudi 28 juillet, au soir, laissant le souvenir d’un homme dont l’intelligence exceptionnelle et la modestie exemplaire forçaient l’admiration de tous ceux qui ont eu la chance de le côtoyer.

Né le 20 juin 1941 à Oran, en Algérie, il choisit la voie de la médecine et devient chirurgien, spécialiste des transplantations d’organes au National Institute for Health à Bethedsda aux Etats-Unis. Il devient ensuite chercheur associé au Massachusetts General Hospital, à l’Université d’Harvard à Boston, puis à l’université Yale. C’est là qu’il entend l’appel du Seigneur pour la prêtrise et à l’âge de 44 ans, il est ordonné prêtre pour le diocèse de Grenoble.

Il part ensuite pour Rome où il devient Official du Conseil pontifical pour la Famille avant de devenir conseiller scientifique de l’Académie pontificale pour la Vie jusqu’en 2015. Il est aussi consultant pour le Conseil Pontifical pour la Pastorale de la Santé et aumônier de la Fédération internationale des associations des médecins catholiques.

 Le Vatican ayant remarqué son exceptionnelle érudition scientifique et la qualité de son jugement, le nomme encore délégué du Saint Siège auprès du CDBIO (Comité Directif du Conseil de l’Europe pour la Bioéthique devenu DH-BIO) à Strasbourg, en 2006 (jusqu’à ce jour) et Délégué du Saint Siège auprès du CIB (Comité international de bioéthique) et du CIGB (Comité intergouvernemental de bioéthique, UNESCO, ) en 2010.

Sur le plan des connaissances, la mort de Mgr Suaudeau est tragique comme le serait l’incendie d’une bibliothèque universitaire unique en son genre. Cet homme d’une érudition hors du commun lisait depuis 50 ans toutes les publications scientifiques qui comptent, et en faisait son miel. Humble disciple du Cardinal Elio Sgreccia, ancien président de l’Académie pontificale pour la Vie, dont il a traduit discrètement en français le Manuel de bioéthique de référence, il était le savant que l’on pouvait interroger à toute heure du jour et de la nuit. Quelle que fut la difficulté de la question, il ne mettait jamais plus de quelques heures à vous répondre en plusieurs pages précises comportant toutes les références des publications scientifiques ad hoc.  Rien ne lui échappait. Lors du grand congrès sur les cellules souches adultes organisées par la Fondation Jérôme Lejeune et l’Académie pontificale pour la vie à Rome, c’était lui qui avait proposé d’inviter comme orateur le professeur Yamanaka,nencore illustre inconnu. Et c’est lors de ce congrès que le Pr Yamanaka  a, pour la première fois, évoqué l’existence des cellules IPS qu’il avait découvertes et qui allaient révolutionner les recherches en thérapie cellulaire en offrant une alternative éthique à la recherche sur les embryons humains. Pour cette découverte le Pr Yamanaka recevra plus tard le prix Nobel.

Grand serviteur de la vérité et de la vie, dans le domaine de la médecine, Mgr Suaudeau s’intéressait aussi avec talent aux études sur le Saint-Suaire de Turin, auquel il a consacré deux ouvrages. Mais sa passion la plus grande, était sans doute l’archéologie. Il y consacrait ses rares vacances, ne craignant pas de traverser en voiture la France et l’Italie avec son échelle dans le  coffre, pour arpenter à l’infini ces rues désertes qu’il connaissait comme sa poche et étudier à la loupe chaque centimètre des maisons à colonnes, objets de ses délices. A l’âge de 16 ans, muni d’une Bourse d’études obtenue grâce à ses excellents résultats scolaires, il avait franchi pour la première fois la porte de la ville engloutie, et depuis lors cette passion ne l’avait plus quitté. C’est ainsi qu’en 2018, entre deux livres, deux cours et deux comités d’éthique, il a soutenu sa thèse d’archéologie sur les maisons à colonnes et à étages de Pompéi. La joie de Mgr Suaudeau quand on l’interrogeait sur Pompéi était communicative. Il n’avait plus 80 ans mais retrouvait le regard étoilé d’un jeune étudiant passionné et si heureux de chercher, comprendre, et transmettre.

Car Mgr Suaudeau c’est aussi, cela : le talent remarquable d’enseigner. C’est sans aucun doute la seule personne au monde capable de vous raconter l’histoire de la découverte des cellules souches en vous tenant en haleine, comme on lit un roman policier. Ou comme on lit l’histoire du Petit chaperon rouge aux enfants. Avec suspens, enjouement, et bonheur.

Nous avons eu la chance de le voir rejoindre la Fondation Jérôme Lejeune, à son retour de Rome, où il avait rencontré à maintes reprises Jérôme et Birthe Lejeune. C’est ainsi qu’en 2012 il a participé à la création de la Master-class Science et Ethique Jérôme Lejeune dont il est devenu le directeur scientifique et le professeur principal. Cette formation d’expertise pour les étudiants en médecine, et les jeunes professionnels de santé lui tenait grandement à cœur. C’était sa joie. Rien ni personne n’aurait pu l’empêcher de venir chaque semaine de Voiron, où il résidait désormais, à Paris, pour donner ses deux heures de cours ou accueillir le professeur invité. Rien ni personne. Pas même les grèves SNCF ou les neiges de Grenoble. Si le train restait en gare, il prenait sa voiture. A 78 ans… On ressortait de ses cours, ébloui et heureux. Derrière le génie, on devinait le cœur d’enfant, et ses étudiants ne s’y trompaient pas. Beaucoup l’adoraient et tous l’admiraient.

Après une longue maladie, contra laquelle il a lutté car il avait trop à faire pour s’écrouler, il s’est éteint rapidement, en quelques jours. Il est mort, comme il a vécu, en travaillant jusqu’au bout et en tournant les talons discrètement. Le mercredi, veille de sa mort, il a fini d’écrire son dernier livre. Il l’a envoyé à un proche pour relecture. Le lendemain, jeudi 28 juillet, il rendait son âme à Dieu, mettant un point final à son ouvrage terrestre.

Ce grand serviteur de la cause de la Vie, prêtre dévoué et fidèle, amoureux de la science qui mène à Dieu, et dont la vie fut si féconde, est aujourd’hui dans la Gloire de son Seigneur. Nous l’espérons. Lui qui cherchait toujours à apprendre, contemple désormais Celui qui sait tout. Il doit se délecter de tout comprendre. Il doit être passionné !

Cher Monseigneur, merci pour tout, dans l’éternité ! Nous vous devons tant et tant !

RIP.

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