[Edito] Le grand détournement des lois de l’engendrement

Edito de Jean-Marie Le Méné

 

On ne voit pas ce qu’il y a d’éthique ni de scientifique dans le détournement des lois de l’engendrement.

Les marins l’appellent « Pot-au-noir » et les météorologues « zone de convergence intertropicale ». C’est une région où l’on passe d’orages en orages avec de provisoires périodes de calme. La Fondation Jérôme Lejeune navigue dans le Pot-au-noir depuis 25 ans, elle est taillée pour cela, mais les zones de turbulences sont de plus en plus rapprochées.

Photo de Vincent LambertLe 11 juillet dernier, Vincent Lambert mourrait, sous haute protection policière, d’une insuffisance rénale. Une mort qui n’avait rien de naturelle dans la mesure où Vincent, s’il était tétraplégique, ne souffrait d’aucune maladie des reins. Mais, en vertu d’une loi proposée par la droite, adoptée à l’unanimité en 2005 et saluée par toutes les autorités morales, l’hôpital a déshydraté Vincent, provoquant un empoisonnement du sang et l’arrêt cardiaque. Sa mort a été « léonethiquement1» organisée pour qu’il meure, ni trop tôt ni trop tard. Une dizaine de jours. Pourquoi mourir lentement quand on peut le faire plus vite ? L’euthanasie s’installe donc, au prix de menus réglages. La Fondation a été très affectée par cet événement car, à la demande du Docteur Pierre Lambert, elle s’était mobilisée depuis longtemps pour sauver son fils. Son action n’a pas été vaine. L’opiniâtreté des avocats, que nous avons financés, a permis de déjouer plusieurs tentatives d’euthanasie et de retarder l’échéance. Et, surtout, les nombreux recours en justice ont confirmé qu’il ne s’agissait pas de la mauvaise application d’une « bonne » loi mais de la « bonne » application d’une mauvaise loi, c’est-à-dire d’une injustice qui n’a pas fini de faire des victimes.

L’accalmie a été de courte durée puisque le 24 juillet, le gouvernement rendait public un projet de loi de bioéthique qui rendra possibles toutes les transgressions imaginables. Comme nous y reviendrons souvent, contentons-nous de deux remarques. D’abord, aux yeux des politiques, des militants et des médias, il n’y a qu’un seul sujet qui compte : la « PMA pour toutes ». Or c’est un trompe-l’œil, la partie émergée de l’iceberg, la conséquence d’un mouvement beaucoup plus vaste et inquiétant. La « PMA pour toutes » occulte l’aggravation de ce qui, précisément, la rend inévitable, à savoir la mainmise sur l’ensemble du processus de la reproduction, des gamètes à l’embryon. Ensuite, il ne s’agit pas d’une loi de bioéthique mais d’une loi de financement de la technoscience et de ses lucratives applications. En effet, on ne voit pas ce qu’il y a d’éthique ni de scientifique dans le détournement des lois de l’engendrement. En revanche, on voit très bien ce qu’il y a d’économiquement intéressant dans l’appropriation de gamètes et d’embryons destinés à devenir des matières premières exploitables. La bioéthique est le placebo de la régénération, c’est-à-dire une illusion qui rapporte gros à ses promoteurs.

Désormais, l’enfant et le vieillard se font face dans le paradoxe d’une société qui sacrifie les plus jeunes de ses membres pour prolonger des organismes vieillissants. Du moins c’est le rêve que la société vend à ceux qu’arbitrairement elle autorise à vivre. Un cauchemar qui peut prendre fin – à condition de se réveiller.

 

 


1 Du nom du promoteur de la loi, Jean Leonetti. L’expression est de Maître Jérôme Triomphe, l’un des avocats de Vincent Lambert.