Ruggero Raimondi et son fils Rodriguo

 

Le 3 avril 1998, Ruggero Raimondi, monstre sacré de l’opéra, chantait au profit de la Fondation. Papa d’un enfant atteint de trisomie 21, Rodriguo, il évoquait ainsi la relation avec son fils. [Extraits de l’interview de 1998]

Vous avez un petit Rodriguo. Comment avez-vous reçu la nouvelle d’un enfant atteint de trisomie 21 ?

Quand mon fils est né j’ai été très choqué, parce que j’ai donné beaucoup d’importance à une malformation qui finalement représente peu de chose. Le médecin m’avait dit que ce serait un végétal toute sa vie. S’il le voyait aujourd’hui…J’ai eu la chance d’avoir été éclairé par le Professeur Marie-Odile Réthoré (NDLR : Directrice de la consultation de l’Institut Jérôme Lejeune) qui m’a fait réaliser que c’était un enfant comme les autres, qu’il pourrait être heureux. Aujourd’hui il est heureux.

Au début il est normal d’être découragé. Ensuite on réalise que l’enfant pleure quand on le quitte, qu’il vous taquine, qu’il joue avec vous. Qu’il est comme les autres. C’est alors qu’on s’aperçoit qu’il est le plus beau des cadeaux.

Comment se passe son intégration dans la société ?

Il ne faut pas avoir peur de mettre son enfant en contact avec le monde. C’est comme cela qu’il trouve son dynamisme. Moi qui suis timide, j’avais peur de le faire sortir avec nous, mais ma femme m’a convaincu. J’ai vu que Rodriguo aimait beaucoup rencontrer des gens. Et qu’il se faisait toujours accepter. Nous l’emmenons le plus possible avec nous. Cet hiver il a même skié pour la première fois avec nous et ses trois frères aînés. Quel plaisir de le voir dévaler les pistes noires.

Je crois que les enfants trisomiques doivent être le plus possible en contact avec d’autres enfants. En revanche, je crois qu’il doit exister des écoles spécialisées, car ces enfants seront toujours scolairement en retard.

Votre sérénité est exemplaire. D’où vient-elle ?

Je ne sais pas. Je voudrais seulement dire que ces enfants sont tellement attachants. Ils ont un tel gout de la vie. Ils sont capables de nous donner tellement d’amour. La grande question que je me pose est de savoir si je pourrai lui rendre tout l’amour qu’il me donne. Ces enfants qui ont des malformations physiques, je me demande parfois s’ils n’ont pas le cœur mieux formé que nous.

Il ne faut pas avoir peur d’avoir un enfant trisomique. Parce qu’il nous apporte énormément. Parce que nous devrions spontanément les aimer. Le problème vient de nous, pas d’eux.