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HOMMAGE A BIRTHE LEJEUNE (1928 – 2020)

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29 Sep 2021 HOMMAGE A BIRTHE LEJEUNE (1928 – 2020)

Par Jean-Marie Le Méné

A l’occasion de sa venue à l’Academie Pontificale pour la Vie le 28 septembre 2021, Jean Marie Le Méné a rendu hommage à Madame Lejeune qui en fut membre jusqu’à la fin de sa vie.

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Birthe Lejeune, née Bringsted, a vu le jour le 3 février 1928 dans la fraicheur d’une petite île de Fionie au Danemark au sein d’une famille modeste. Un certain mystère a toujours plané autour de son enfance dont, par pudeur, elle parlait peu. En effet, fille unique, élevée par une mère seule, elle aurait eu cependant une jeunesse heureuse. Elle comptait peu de famille mais elle a toujours réuni beaucoup d’amis, rencontrés dans les mouvements de guides protestants, qu’elle revoyait au cours des séjours d’été dans son pays natal. Très vite, elle manifesta le désir d’élargir son horizon en décidant, à l’âge de 20 ans, de partir pour Paris comme jeune fille au pair. C’est là, dans la célèbre bibliothèque Sainte-Geneviève près de la Sorbonne, où elle tentait de perfectionner son français (une des rares tâches qu’elle ne parvint jamais à réussir complètement), que par hasard elle rencontra Jérôme Lejeune en 1950. L’histoire familiale raconte que Birthe aurait laissé tomber son stylo et que Jérôme le lui aurait ramassé. L’amour courtois, en France, ne néglige aucune occasion. Deux ans plus tard, sous l’influence de Jérôme Lejeune, elle se convertit du protestantisme au catholicisme. Elle lui écrira : « Je sais maintenant que je ne craindrai plus jamais la religion car j’ai cédé au besoin de retrouver Dieu. C’est ton amour qui m’a donné cette force-là, mon chéri, et je te remercie de tout mon cœur ». En 1952, elle épouse le jeune médecin français dans l’église catholique de Odense au Danemark. Le couple s’installe au Quartier latin, à deux pas de Notre-Dame, dans une des plus vieilles maisons de Paris, antérieure à la découverte de l’Amérique, comme aimait le rappeler avec malice Mme Lejeune à ses hôtes venus d’outre-Atlantique. C’est dans cette demeure qu’elle rendit son dernier soupir, le 6 mai 2020, entourée de toute sa famille.

« Je sais maintenant que je ne craindrai plus jamais la religion car j’ai cédé au besoin de retrouver Dieu. C’est ton amour qui m’a donné cette force-là, mon chéri, et je te remercie de tout mon cœur »

Birthe Lejeune

Jérôme et Birthe eurent cinq enfants, vingt-sept petits enfants et encore d’avantage d’arrière-petits-enfants. Pour l’enfant unique qu’elle fût, cette famille nombreuse était sa fierté, sa richesse et son soutien. Ce sont d’ailleurs ses petits-enfants qui la soignèrent avec un grand dévouement à la maison, pendant les quelques mois où elle souffrit du cancer qui devait l’emporter, alors que la pandémie faisait rage et que les hôpitaux parisiens étaient débordés. Jamais on ne l’a entendue se plaindre. Elle nous édifia par son abnégation et ne se coucha que pour mourir. Mais Birthe Lejeune, si elle a été une mère, grand-mère et arrière-grand-mère adorée, était aussi un personnage hors norme. Les deux mille lettres que Jérôme et Birthe Lejeune se sont écrites témoignent d’un grand amour entre eux. Pourtant ce couple était atypique, les différences étaient importantes sur le plan de la culture, du caractère et de l’éducation. Jérôme écrivit ceci au moment de leur mariage : « J’ai besoin de cette extraordinaire différence (…) J’aime inévitablement cette Birthe chérie, ce petit démon sauvage qui sait vivre une autre vie que celle des livres, toi extraordinaire amour ». Il ne croyait pas si bien dire ! Jérôme a eu vraiment besoin de Birthe.

« J’ai besoin de cette extraordinaire différence (…) J’aime inévitablement cette Birthe chérie, ce petit démon sauvage qui sait vivre une autre vie que celle des livres, toi extraordinaire amour »

Jérôme Lejeune

Douée d’une mémoire prodigieuse, d’un sens politique inné et d’une volonté de fer, Birthe a considérablement aidé Jérôme Lejeune à être le savant et le défenseur de la vie humaine qu’il est devenu. Il faut se souvenir qu’en France, au début des années 1970, le premier projet de loi autorisant l’avortement visait les enfants handicapés, spécialement les enfants porteurs de trisomie 21. Il était évident que Jérôme Lejeune qui venait de découvrir la cause de ce handicap ne pouvait pas accepter que l’on tue jusqu’à 9 mois de grossesse les enfants dont il avait la charge. Il fût l’homme qui dit « non » à la culture de mort, au risque de sa carrière, de sa tranquillité et de sa réputation. Birthe Lejeune a été l’appui de tous ses combats et de tous les instants. Elle mettait en œuvre avec génie les intuitions de son mari. Le foyer des Lejeune impressionna par son accueil à la fois familial, rayonnant et stratégique. Se succédaient à la maison des ministres, des parlementaires, des journalistes ou le nonce apostolique. De fait, ce premier projet de loi échoua grâce à leur ténacité. Ensuite, la loi Veil qui prit le relais fût combattue par Jérôme et Birthe, le premier usant de sa notoriété scientifique et médicale et de ses qualités d’orateur, la seconde usant de son dynamisme sans limite et de son talent d’organisatrice. Même s’ils ne gagnèrent pas la bataille de l’avortement en France, les Lejeune – ensemble – ont eu l’honneur de compter parmi les rares consciences à ne pas s’être tues à l’époque.

Beaucoup ici se souviennent de sa petite taille qui contrastait avec son entregent, son audace et son absence de timidité.

Le Pr Lejeune avait été nommé à l’Académie pontificale des sciences par Paul VI mais ce fût Jean-Paul II qui noua une véritable relation d’amitié avec Jérôme et Birthe à partir de 1978. Le couple, qui déjeunait souvent avec le pape, était à table avec lui le 13 mai 1981, jour de l’attentat de la place St Pierre, avant de reprendre l’avion. Bouleversés, ils n’apprirent la nouvelle qu’en arrivant à Paris. On se souviendra aussi que le pape Jean-Paul II avait demandé au Pr Lejeune de travailler sur les premiers statuts de l’Académie pontificale pour la vie et d’écrire le serment des serviteurs de la vie que les impétrants devaient signer avant d’être nommés. Alors que son mari, nommé en février 1994 premier président de la nouvelle Académie, devait mourir un mois plus tard, c’est Mme Lejeune qui assura le secrétariat du dernier travail qu’il accomplit pour Rome. Le pape ne cacha pas sa peine à Mme Lejeune : « j’avais tellement besoin de lui » avait-il dit. Birthe fût nommée, avec Mère Teresa, membre d’honneur de l’Académie. Peu avant de mourir, Jérôme avait confié à ses enfants qu’il ne fallait pas s’inquiéter pour leur mère, qu’elle aurait un rôle à jouer et qu’elle les étonnerait. La prédiction s’est réalisée ! Après la mort de son mari, Birthe a prolongé son œuvre avec une énergie inépuisable au sein de la fondation Jérôme Lejeune qui désormais fait autorité sur le plan scientifique, médical et éthique. Très vite, le pape exprima à Birthe le souhait de venir se recueillir sur la tombe de Jérôme en France. Ce vœu fût exaucé à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse de 1997 à Paris et Mme Lejeune accueillit Jean-Paul II dans le petit cimetière de campagne où Jérôme est enterré. Ce geste exceptionnel renforça le lien entre eux et les rencontres entre Mme Lejeune et Jean-Paul II étaient toujours empreintes d’une grande émotion. « Il est tellement content de me voir », disait-elle ! Ce qui aurait été prétentieux ne l’était pas venant d’elle. Ils avaient des souvenirs communs. Beaucoup ici se souviennent de sa petite taille qui contrastait avec son entregent, son audace et son absence de timidité. Elle aimait venir à l’Académie ainsi qu’au Conseil pontifical pour la santé où elle avait été nommée par le Cardinal Angelini. Je sais d’ailleurs, pour l’avoir toujours accompagnée depuis 25 ans, qu’elle n’a jamais manqué une seule de nos séances, à l’exception de celle de 2020 alors qu’elle était déjà malade. Elle rêvait, comme Jérôme et cette autre amie de Jean-Paul II, Wanda Poltawska, membre de notre compagnie, qui fête ses cent ans cette année, que l’Académie soit un véritable network mondial au service de la vie. Puissions-nous nous souvenir de l’exemple de cette femme, « venue des périphéries » pour parler comme le pape François, généreuse, courageuse et inspirée, qui fût la moitié du cœur, de l’âme et de la vie de l’un des grands serviteurs de l’Eglise du 20ème siècle et notre premier président.

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