JIJL 2011 : « Cancers des personnes déficientes intellectuelles. Adapter la prise en charge. » Docteur Daniel Satgé

Les études épidémiologiques estiment les cancers aussi fréquents chez les personnes en situation de déficience intellectuelle qu’ils le sont dans la population générale. C’est-à-dire qu’une personne sur trois développera un cancer au cours de sa vie. Cependant les cancers des personnes déficientes intellectuelles sont différents par leur répartition, leur âge de survenue parfois plus précoce et leur présentation clinique. La répartition des tumeurs varie avec le degré de la déficience, avec la cause de la déficience, avec l’environnement du patient.

Daniel SatgéCancers des personnes déficientes intellectuelles. Adapter la prise en charge.

Docteur Daniel Satgé

Anatomo pathologiste au CHU de Saint Etienne

Les études épidémiologiques estiment les cancers aussi fréquents chez les personnes en situation de déficience intellectuelle qu’ils le sont dans la population générale. C’est-à-dire qu’une personne sur trois développera un cancer au cours de sa vie. Cependant les cancers des personnes déficientes intellectuelles sont différents par leur répartition, leur âge de survenue parfois plus précoce et leur présentation clinique. La répartition des tumeurs varie avec le degré de la déficience, avec la cause de la déficience, avec l’environnement du patient.

La prise en charge des patients déficients intellectuels avec un cancer est difficile. Les tumeurs sont parfois de grande taille et disséminées au diagnostic, du fait de difficultés de communication des patients avec leur entourage. De plus, certaines conditions génétiques s’accompagnent d’une plus grande fragilité des tissus normaux à la radiothérapie et à la chimiothérapie. Il faut connaître la répartition des cancers, adapter la surveillance et le dépistage pour un diagnostic précoce permettant les meilleures chances de guérison.

Une enquête rétrospective sur le cancer du sein menée au Centre Hospitalier de Tulle illustre bien cette situation en montrant une fréquence du cancer du sein identique à celle de la population générale, mais des tumeurs découvertes à un âge plus précoce, plus grosses et plus disséminées que celles des femmes dans la population générale. Cette étude suggère qu’il faudrait dépister les cancers du sein plus tôt, à partir de 40 ans, plutôt que 50 ans comme cela se fait dans la population générale. Tous les types de cancers peuvent s’observer chez les personnes déficientes intellectuelles, même si le risque est réduit pour certaines variétés de tumeurs et certains organes. Des symptômes, même banals, peuvent révéler des tumeurs digestives, testiculaires ou cérébrales qui sont plus fréquentes chez les patients déficients intellectuels.

Pour le dépistage, les personnes déficientes intellectuelles doivent participer, autant que faire se peut, au dépistage du cancer du sein qui est aussi fréquent que dans la population générale, et au dépistage du cancer du colon, probablement deux fois plus fréquent. Pour de rares pathologies génétiques des propositions de suivi oncologique ont été élaborées.

La prévention des cancers doit s’envisager d’une part comme dans la population générale en réduisant la consommation de tabac et d’alcool et l’exposition prolongée au soleil, en favorisant une alimentation riche en fruits et légumes et en encourageant les exercices physiques lorsqu’ils sont possibles. Plus spécifiquement, il faut chez les personnes déficientes intellectuelles, surveiller et traiter les reflux gastro-oesophagiens, prévenir les hépatites et les gastrites, traiter la constipation.

En conclusion, la prise en charge des cancers chez les personnes déficientes intellectuelles, depuis la prévention jusqu’au traitement et le suivi au long cours ne peut être simplement calquée sur les mesures validées pour la population générale. De nombreuses particularités du groupe dans son ensemble et l’importante hétérogénéité des patients dans ce groupe demandent une adaptation des mesures à leur réalité psychologique et physiologique. Cela nécessite de rassembler l’ensemble des connaissances dans le domaine, de les articuler, de les synthétiser pour élaborer des guides de bonne pratique. Ce travail est en cours. Le cancer affecte les personnes déficientes intellectuelles, il convient de lui faire face par des mesures préventives et thérapeutiques adaptées.

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Découvrir l’ensemble des interventions lors des Journées Internationales Jérôme Lejeune 2011: 

– Le reflux gastro-oesophagien : y penser, l’évaluer, le traiter 
– Syndrome d’apnées-hypopnées du sommeil (SAHS) et la déficience intellectuelle d’origine génétique
– Questions soulevées par l’utilisation en diagnostic de la technique de CGH (« array Comparative Genomic Hybridization ») array
– La déficience intellectuelle d’origine génétique : actualités de la recherche vers des traitements ciblés
– Trouble du sommeil chez l’enfant présentant une anomalie de développement
– Prévention de l’obésité » : trisomie 21 et maladies génétiques de l’intelligence
– L’épilepsie et déficience intellectuelle
– Cancers des personnes déficientes intellectuelles. Adapter la prise en charge.
– La place des personnes handicapées intellectuelles dans la société d’aujourd’hui
– Les grands-parents et la fratrie d’une personne déficiente intellectuelle. L’importance des premières consultations

Clôture des Journées Internationales Jérôme Lejeune 2011 – Des scientifiques racontent