Le Pr Mara Dierssen : « Aujourd’hui, on voit bien qu’on avance ! »

Mara Dierssen a reçu le Prix international Sisley-Jérôme Lejeune 2010 pour ses travaux, elle répond aux questions de la Fondation Jérôme Lejeune et revient sur ses travaux de recherche sur la trisomie. 

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Depuis des années, le Pr Mara Dierssen consacre son talent et son énergie à la recherche d’un traitement des maladies génétiques de l’intelligence et, plus particulièrement, de la trisomie 21. Animant en outre des conférences sur la déficience intellectuelle auprès de publics divers, elle favorise son acceptation par la société. Nous sommes partis à sa rencontre. 

Professeur, vous avez commencé à travailler sur les maladies génétiques de l’intelligence dans les années 90, c’est-à-dire à une époque où presque aucun scientifique ne s’y intéressait, sans doute parce que les chercheurs ne croyaient pas à la possibilité de trouver un traitement. Qu’est-ce qui vous a mis sur la voie de la recherche de traitements pour ces maladies ?

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Mara Dierssen recevant le prix international Sisley-Jérôme Lejeune 2010.

Mara Dierssen

Mara Dierssen, née à Santander en 1961, a suivi ses études de médecine à l’Université de Cantabrie dont elle a été diplômée en 1985. Elle est docteur en neurobiologie depuis 1989.

Elle débute sa carrière de chercheur à l’Université autonome de Barcelone puis elle enseigne à l’Université de Cantabrie.

En 1997, elle rejoint un groupe de recherches neurobiologiques et devient, quelques années plus tard, chef du Groupe d’analyse neurocomportementale au sein du programme « Gènes et pathologies » du Centre de régulation génomique de Barcelone. 

Ses travaux, reconnus au niveau international, ont fait l’objet de nombreuses publications scientifiques

Pr Mara Dierssen : Après la fin de mes études de médecine, je me suis très vite intéressée à la neuropharmacologie, c’est-à-dire à la science qui étudie l’incidence des médicaments sur le système nerveux. De là, j’ai commencé à investiguer les facteurs influant sur les fonctions cérébrales. C’est ensuite la conjonction d’événements et de rencontres qui m’ont définitivement impliquée dans ce domaine de la recherche. Parmi ces événements, la création du premier modèle souris de trisomie 21 a été décisive puisque des recherches effectives sont devenues possibles.

Vous qui donnez tant pour vaincre ces maladies, vous sentez-vous une affinité particulière avec le Pr Jérôme Lejeune et avec le sens des actions menées par la Fondation Jérôme Lejeune ?
Pr M. D. : Oui, bien-sûr. J’ai toujours été très impressionnée par le Professeur Jérôme Lejeune et par sa vision : il a su voir très loin. A sa suite, la Fondation Jérôme Lejeune a toujours été convaincue qu’il fallait chercher jusqu’à ce qu’on trouve un traitement. Et, aujourd’hui, on voit bien qu’on avance ! Avec la Fondation, je me réjouis que plusieurs chercheurs, parmi lesquels William Mobley, Stylianos Antonarakis, Marie-Claude Potier et Jean Delabar, travaillent dans ce sens.

Qu’est-ce qui vous paraît le plus significatif dans les avancées que votre équipe a faites faire à la recherche sur la trisomie 21 ?

Pr M. D. : Deux avancées me paraissent décisives pour la suite : la première est la compréhension du mécanisme de la mémoire. On a constaté que, pour être assimilée, toute information doit cheminer pour aller se stocker quelque part dans la mémoire. Ce processus implique des réactions chimiques et des changements de la structure neuronale importants puisque visibles avec un simple microscope. Mais ce mécanisme est altéré chez les personnes porteuses de trisomie 21.

Nous devons donc intervenir pour restaurer ce processus. La seconde avancée concerne l’identification du rôle essentiel du gène DYRK1A sur la déficience intellectuelle et, justement, sur la mémoire en particulier. Cela nous permet maintenant de cibler très précisément nos recherches ce qui, évidemment, nous conduira à trouver d’autant plus vite un traitement.

Où en êtes-vous de l’étude clinique sur l’inhibition de DYRK1A par la molécule EGCG extraite du thé vert ?

Pr M. D. : Notre objectif est en effet de trouver une molécule qui normalise l’expression de l’enzyme DYRK1A, laquelle est codée par le gène du même nom. Le chercheur français Jean Delabar a montré que, chez la souris, l’EGCG, améliore fortement ses capacités cognitives parce qu’elle restaure le mécanisme indispensable à la mémorisation.

Avec mon équipe, nous testons cette molécule chez l’homme, mais à des doses proportionnellement plus faibles pour éviter toute intolérance. Nous en sommes à la phase pilote, conduite sur une trentaine de patients. Nous verrons avec les conclusions de celle-ci si nous pouvons passer à la phase suivante, laquelle impliquera notamment la participation d’un nombre bien plus important de patients.