« Les personnes vulnérables disent la vérité de la condition humaine »

Décembre 2010 : Rencontre avec Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et président du groupe de travail sur la bioéthique de l’Église catholique en France.

Pierre dOrnellasDécembre 2010 : Rencontre avec Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et président du groupe de travail sur la bioéthique de l’Église catholique en France.

Selon vous, quel rôle les personnes handicapées ont-elles à jouer dans notre société ?

Toute personne, quelle qu’elle soit, a un rôle, une mission dans notre société. Du fait même de son existence, chacune apporte un trésor irremplaçable. C’est aussi vrai pour les personnes vulnérables, quelle que soit leur vulnérabilité. Mais toute personne est vulnérable. Certaines le savent, d’autres non. Les personnes ayant un handicap apportent une lumière irremplaçable à celles qui se croient invulnérables. Elles disent la vérité de la condition humaine ; il est donc essentiel de leur donner une vraie place dans la société. Masquer la vulnérabilité, c’est s’interdire de comprendre la condition humaine, c’est aussi engendrer la violence et une certaine forme de totalitarisme qui oblige à vivre selon un modèle préconçu, erroné car dépourvu de toute fragilité.

Malgré de nombreux efforts faits pour accueillir les personnes handicapées, notre société veille aussi à ce que moins d’enfants handicapés naissent. Pourquoi ce paradoxe ?

C’est le paradoxe entre tolérance et peur. On accueille les personnes handicapées car on sait bien qu’il faut être tolérant et accueillir la différence. Les accueille-t-on pour autant avec un regard juste ? Leur accueil dans notre société ne se fait-il pas avec paternalisme ? Une peur ne demeure-t-elle pas devant les personnes handicapées ? Et s’il y a une peur, la science est utilisée pour empêcher qu’elles arrivent. Notre société n’a pas fini de se convertir pour avoir un regard juste sur la personne porteuse d’un handicap.

Ce regard est impossible s’il n’est pas animé par l’amour. Celui-ci ne se commande pas. Il s’éduque et appelle la solidarité. Seul le contact prolongé avec la personne handicapée permet de changer de vision et de découvrir qu’elle a son chemin personnel, sa manière d’être libre et heureuse.

Sans titrePoint de vue scientifique et parole plus humaine, comme celle de parents d’enfant handicapé, sont-ils à égalité ?

Sans doute pas. En raison de la peur, nous faisons peut-être trop confiance à la parole des scientifiques. Le défaut des États généraux de la bioéthique est peut-être de ne pas avoir mis en contact des scientifiques avec des personnes ayant un handicap mental. Nous avons peut-être installé les scientifiques comme des spécialistes. Mais que connaissent-ils ? Savent-ils ce qu’est une personne handicapée mentale ? Ont-ils vécu avec elle ?


Vous préconisez le développement d’une politique publique de recherche à visée thérapeutique. Ne craignez-vous pas que celle-ci soit mise à mal par un contexte économique fragilisé et une réflexion fondée avant tout sur un principe de rentabilité ?

Avec un tel fondement, il ne s’agit pas d’une politique sérieuse. C’est à partir d’une idée claire de l’homme qu’on élabore une politique. Le budget, l’équilibre financier ou la rentabilité sont au service de cette idée. Une conception de l’homme permet peut-être de comprendre que des dépenses publiques sont erronées. On peut alors les employer pour d’autres recherches. Je pense à la congélation d’embryons et à leur conservation dont le coût aurait pu servir à autre chose.

Lorsque l’on veut vraiment guérir des maladies, on engage des budgets pour la recherche à visée thérapeutique. Il est regrettable que des personnes qui s’engagent dans des projets de ce type soient obligées de chercher des financements privés