Modifications d’ADN d’embryons humains : une « transgression inacceptable »

 

Interview de Jean-Marie Le Méné sur Famille Chrétienne

Une équipe de chercheurs chinois a manipulé des embryons humains, dont elle a modifié les gènes. Ce qui pose de graves questions éthiques. 

Des travaux publiés le 18 avril dernier, sur le site « Protein and Cell »révèle que des chercheurs chinois ont modifié un gène défectueux dans plusieurs embryons humains. Très controversée, cette recherche a été décriée par la communauté scientifique, qui s’inquiète des limites de cette recherche. La question soulevée porte principalement sur les incidences de cette modification génétique sur la descendance des embryons. « Cet article soulève des grandes interrogations scientifiques et éthiques puisqu’il traite de la possibilité de manipuler le génome humain à partir de l’embryon et ceci d’une manière qui permettrait la transmission de cette modification à la descendance », résume Anne Galy, directrice de l’unité Inserm 951 au Généthon d’Évry. Les effets de ces modifications seraient donc potentiellement graves et imprévisibles pour l’enfant dont les gènes auraient été modifiés, mais également pour ses propres descendants. L’intention de vouloir guérir une maladie génétique est « louable », selon Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme-Lejeune, « mais il ne faut pas donner l’impression que tout progrès dans le domaine de la génétique justifie une transgression ». En effet, ce n’est pas le fait que les recherches aient été menées sur des embryons humains qui semble poser un problème à la communauté scientifique.

Protéger l’embryon des manipulations et… ne pas l’utiliser comme un objet

Au-delà, la question éthique se situe à la source de la recherche, selon Jean-Marie Le Méné : « Le principe de précaution concerne la technique de recherche : on ne doit pas prendre le risque de perturber le génome. Or, selon moi, la faute morale se situe avant tout dans le fait d’utiliser un embryon comme un objet. » Les 86 embryons étaient tous issus de fécondation in vitro, abandonnés et présentés comme non viables, tentent de se justifier les scientifiques menés par Junjiu Huang de l’université Sun Yat-Sen à Guangzhou. « Ce n’est pas une excuse, insiste Jean-Marie Le Méné, ces embryons étaient évidemment humains ».

Inquiet, le président de la Fondation Jérôme-Lejeune considère que les lois de bioéthique ne pourront pas, à terme, prévenir ce type de recherches. « L’exemple français est explicite. La première loi a mis des barrières qui ont été levées lors de la deuxième et de la troisième loi. Une loi n’est que l’expression politique d’un moment, elle autorise la transgression petit-à-petit, à mesure de l’évolution de l’opinion publique ».

Barrières morales et recherches respectueuses de l’homme

Selon lui, seules les barrières morales et éthiques peuvent protéger les embryons humains à l’avenir. La prise de conscience doit être internationale, plaide-t-il, portée notamment par le Saint-Siège, qui s’était mobilisé avec succès contre le clonage humain. « Il faut essayer de bien comprendre comment fonctionne l’être humain, c’est beaucoup plus efficace que d’essayer de contenir le flot ». Des découvertes faites à partir de recherches respectueuses de l’homme sont ainsi beaucoup plus prometteuses. Ainsi, le Dr Yamanaka, prix Nobel en 2012 « a vidé le clonage de son intérêt, en fabriquant des cellules souches non embryonnaires. Il a respecté l’éthique et la nature humaine ». « Ce n’est pas au prix de la transgression que l’on peut progresser », estime Jean-Marie le Méné. De fait, les chercheurs reconnaissent eux-mêmes que leurs expériences se sont soldées par des échecs. Quinze embryons n’ont pas survécu au traitement, et sur les 71 restants, seuls quatre ont eu leurs gènes déficients « corrigés ».

Lire l’interview sur Famille Chrétienne.

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