Un nouveau souffle pour la Marche pour la vie

Dans le magazine Famille Chrétienne n°2031, le journaliste Antoine Pasquier revient sur le lancement de la Marche pour la vie :

 

EXCLUSIF MAG – Après son annulation en 2016, l’événement a adopté une nouvelle organisation plus jeune et plus ouverte. L’édition 2017 se déroulera à Paris le 22 janvier, sur le thème « IVG, tous concernés ».

Du souffle et de la jeunesse. Prévue le 22 janvier prochain à Paris, la Marche pour la vie (MPV) prend une nouvelle direction et dimension à trois mois de l’élection présidentielle. Après une année 2016 marquée par son annulation en raison des risques d’attentat, l’organisation, jusque-là portée par l’association Choisir la vie avec le soutien de la Fondation Jérôme-Lejeune et de Renaissance catholique, a rebattu les cartes en interne et ouvert ses portes à de nouveaux membres. Les Éveilleurs d’Espérance de Versailles, émanation locale des Veilleurs, et les Survivants, ont rejoint le bureau du mouvement, devenu entre-temps une association à part entière.

Son président, Philippe Béligné, colonel à la retraite et maire d’une petite commune de Bourgogne, est un militant actif et historique de la Marche, plus particulièrement chargé des questions de sécurité. À ces cinq associations fondatrices, s’ajoute un comité de soutien regroupant d’autres mouvements et personnalités : les AFC et le mouvement politique de Charles Millon ont déjà officiellement apporté leur soutien à l’édition 2017, ainsi qu’Alex Rokvam et Gaultier Bès de Berc, deux des pionniers des Veilleurs, et plusieurs évêques.

Un choix toujours sous influence extérieure

« À l’approche des élections, le sujet de l’avortement refait son apparition dans le débat public », constate Nicolas Sévillia, nouveau porte-parole de la Marche pour la vie. L’entre-deux tours de la primaire de la droite et du centre, opposant Alain Juppé et François Fillon, a été un cas d’école en la matière. « L’avortement n’y a jamais été évoqué comme un drame, mais que comme un “droit fondamental”. Or, un drame ne peut jamais déboucher sur un droit », tacle au passage le jeune père de famille, secrétaire général de la Fondation Jérôme-Lejeune. Alors que le Sénat a adopté le 7 décembre la proposition de loi étendant le délit d’entrave au numérique et à tous types de support, cornérisant toujours davantage les opposants à l’IVG dans le rôle des manipulateurs, l’édition 2017 de la MPV arborera en réponse le mot d’ordre : « IVG, tous concernés ».

« La décision d’une femme de recourir à une interruption de grossesse est souvent influencée par son entourage », assure Nicolas Sévillia. Mari, compagnon, amis, patron, parents leurs réactions face à une grossesse inopinée ne sont jamais neutres, ni anodines. En octobre dernier, à Laval, une auxiliaire de vie enceinte s’est vu dire par ses employeurs, à l’issue de sa période d’essai, qu’ils la garderaient « si [elle perdait son] bébé ou si [elle décidait] d’interrompre [sa] grossesse »… « Si nous voulons mobiliser et toucher l’opinion publique », martèle le jeune porte-parole de la MPV, « nous devons adopter des messages forts qui touchent tout le monde. »

Un message positif

Être « tous concernés », c’est aussi reconnaître que, depuis quarante ans, « nous portons tous le poids de cet échec collectif », affirme, comme un coup de canon, Nicolas Sévillia. « Nous ne sommes pas des purs », ajoute-t-il en parlant des militants pro-vie. « Nous aussi, nous avons parfois hésité ou même renoncé, par peur du regard des autres, à venir en aide à une femme qui se posait la question de l’IVG. »

Derrière ce mot d’ordre et cette campagne de communication, où l’influence des Survivants ne laisse guère de doute, les organisateurs veulent surtout se démarquer des anciens slogans, que certains observateurs extérieurs, bien que d’accord sur le fond avec la Marche pour la vie, jugeaient trop clivants. « Force est de constater qu’ils n’ont pas eu l’effet escompté jusqu’ici, admet le porte-parole. Notre idée n’est pas d’occulter la vérité sur l’avortement, mais de développer des messages pertinents pour qu’une vraie prise de conscience ait lieu dans l’opinion publique. » Les organisateurs auront donc à cœur de rappeler que « l’IVG n’est pas une fatalité, que des aides existent pour les femmes qui désirent garder leur enfant, et que l’idée même de garder son enfant ne signifie pas gâcher sa vie ! »

Mais demain, avec l’extension du délit d’entrave, ce type de campagne de communication sera-il encore possible ? « La question se pose, reconnaît Nicolas Sévillia. Mais on ne nous interdira jamais de prendre la parole. »