« Parler vrai et agir juste »

Éditorial de la lettre de la Fondation n°102

 

Le vote sur le délit d’entrave à l’avortement est une mise au tombeau. Des enfants à naître d’abord. Mais aussi de la liberté de parler vrai et d’agir juste. Je ne peux m’empêcher de revenir sur cet événement qui est sans doute l’un des plus graves de ces dernières années.

La loi crée un nouveau délit, puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amendes, pour « le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher de pratiquer ou de s’informer sur une IVG (ou les actes préalables) par tout moyen y compris par voie électronique ou en ligne, notamment par la diffusion ou la transmission d’allégations ou d’indications de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une IVG :

  • soit en perturbant l’accès aux établissements (etc.),
  • soit en exerçant des pressions morales et psychologiques, des menaces ou tout acte d’intimidation à l’encontre des personnes cherchant à s’informer sur une IVG (etc.) ».

Les parlementaires avaient déposé un recours devant le Conseil constitutionnel (qui a validé hier le texte), en insistant sur l’atteinte à la liberté d’expression résultant de cette nouvelle loi. C’est peu de le dire mais cela va plus loin. Ce nouveau délit conteste la possibilité même de décrire la réalité de l’acte d’avorter qu’il assimile à des allégations mensongères. Il considère que la dissuasion de l’avortement, par définition, ne peut procéder que de propos de nature à induire en erreur. En conséquence, parler de l’avortement, de ses caractéristiques ou de ses conséquences, par le seul fait d’être réputé « contre », devient délictuel. Pas un instant le texte n’imagine qu’une femme puisse renoncer librement à un avortement après avoir entendu une information juste. Il n’envisage pas non plus de réprimer une information mensongère qui serait, elle, incitative de l’avortement. L’incitation est donc permise même par le mensonge. Lorsque la loi évoque « des pressions morales et psychologiques », le piège se referme. Il est évident que tout peut être retenu comme une pression morale et psychologique : montrer une échographie du bébé, faire écouter son cœur, prononcer le mot d’enfant, expliquer que l’avortement supprime une vie, que cette séparation sera souvent une source de souffrances voire de remords, qu’il y a d’autres chemins, que des aides soient possibles, etc.

Les mots de la ministre d’ailleurs sont sans équivoque : « produire des témoignages émotifs et angoissants ne relève pas de la liberté d’expression ». Ceux qui ne souscrivent pas à la doxa officielle sont donc présumés coupables de vouloir induire intentionnellement en erreur. Mais quand la ministre affirme que « l’IVG n’est pas l’interruption d’une vie », alors le cours des choses s’inverse, c’est elle qui propage l’erreur. Car, dans le monde, il n’existe pas de scientifiques ou de médecins, dignes de ce nom, qui puissent contredire le fait – ce n’est pas une opinion – que « le petit de l’homme est un homme petit » et que l’avortement met un terme à sa vie. Sauf à entrer dans ce qui s’annonce après le transhumanisme, à savoir la « post-vérité », c’est-à-dire le renoncement explicite à toute certitude et à toute sincérité.

A nous de rouler la pierre du tombeau mais jamais nous n’aurons la force d’y arriver sans vous. »

Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune