Recherche sur l’embryon

Recherche sur l’embryon

La recherche sur l’embryon poursuit un certain nombre d’objectifs.

Le premier est de l’ordre de la connaissance. Il s’agit de mieux connaître le développement de l’embryon, que ce soit sa croissance « normale » ou ses pathologies. L’observation de cellules, saines et malades, permet ainsi de comprendre les différents stades du devenir de l’embryon et des cellules qui composent son organisme.

Mais cette recherche a aussi un but thérapeutique. Observer des embryons et des cellules malades permet d’étudier des maladies génétiques rares en utilisant des cellules porteuses de ces altérations génétiques. Elles servent ainsi de modèles et permettent de tester les médicaments.

Par ailleurs, en créant des lignées cellulaires, c’est-à-dire en provoquant la différenciation des cellules, on peut également étudier le fonctionnement des cellules de différents organes et les processus de spécialisation. C’est particulièrement utile pour travailler sur des cellules qui se renouvellent peu dans l’organisme comme les neurones.

La recherche est aussi utilisée en vue d’améliorer la qualité des FIV. En étudiant le développement embryonnaire, on peut définir avec plus de précision ses critères de viabilité.

Enfin, les cellules souches embryonnaires sont porteuses d’un fort espoir pour la thérapie cellulaire. Leurs propriétés toutes particulières, notamment la pluripotence, pourraient permettre de les utiliser pour régénérer des organes adultes déficients – par exemple en cas de brûlure pour réparer les tissus – ou pour produire les substances nécessaires pour rétablir une fonction biologique. Elles offrent donc un réservoir inépuisable que l’on peut différencier à mesure des besoins thérapeutiques des patients

Cependant, malgré tous ces espoirs, les recherches n’ont toujours pas offert les résultats espérés. Plusieurs protocoles ont été réalisés depuis 2005, sans offrir les progrès thérapeutiques majeurs qui les avaient justifiés. Par exemple, un essai clinique a été lancé aux États-Unis en 2010 sur deux patientes, l’une atteinte de la maladie de Stargardt, l’autre de la DMLA. 50 000 cellules dérivées de CSEh leur ont été injectées sous la rétine. En janvier 2012, The Lancet fait état des résultats de la greffe : si le procédé a été validé, les patientes n’ont pas retrouvé une vue suffisante pour lire ou distinguer de loin des objets. Seule une petite amélioration de l’acuité visuelle a été constaté. Le résultat n’est donc pas nul, mais on reste loin des promesses de succès thérapeutiques annoncées.

 

Le voile des illusions

« Plusieurs dizaines de projets de recherche ont été autorisés depuis 2005 mais ces travaux, portant essentiellement sur des cellules souches embryonnaires (ES) souvent importées, ne concernent qu’exceptionnellement les praticiens de l’AMP, acteurs de la procréation plutôt que de la science. Si 42 équipes scientifiques ont obtenu une ou plusieurs autorisations de recherche, la plupart d’entre elles (36 équipes et 83 projets) travaillent sur les cellules souches. Seulement 5 projets (de 4 équipes) ont concerné l’embryon lui-même. La plupart de ces projets sont achevés depuis plusieurs années mais on ignore s’ils ont permis les « progrès thérapeutiques majeurs » qui les avaient justifiés. Finalement, il n’existe actuellement aucune recherche sur l’embryon lui-même. Pourtant les embryons donnés « à la recherche » sont nombreux : 21403 embryons étaient disponibles pour cela en 2015. Or, si 19 projets de recherche ont été acceptés en 2016, aucun ne concerne l’embryon humain in vitro : la moitié de ces travaux portent sur le DPN, d’autres sur le spermatozoïde et quelques-uns sont menés chez l’animal (souris ou lapin). Ces projets ne concernent pas davantage la recherche « avec l’embryon » qui porte sur des cellules embryonnaires (ES), ces travaux étant désormais menés avec des clones cellulaires créés antérieurement ou importés.

Comment expliquer que la licence accordée aux chercheurs depuis 2013 soit finalement sans objet alors que le cadre institutionnel et l’approvisionnement en embryons ont été résolus ? Peut-on penser que des demandes de recherche ont été formulées à l’ABM qui les auraient toutes refusées ? Ou que les complications administratives aient freiné les demandes des chercheurs ? […]

Selon le code de santé publique (art 2151-5) les recherches sur l’embryon humain doivent être « susceptibles de produire des progrès thérapeutiques majeurs et à la condition de ne pouvoir être poursuivies par une méthode alternative d’efficacité comparable en l’état des  connaissances  scientifiques ». Outre que la recherche chez l’animal peut constituer une alternative, ou mieux un préalable, les « progrès thérapeutiques majeurs » promis par ces recherches semblent complètement absents, malgré les travaux menés ici et surtout dans d’autres pays depuis bientôt 30 ans. Comme dans le cas du « bébé-médicament », il semble que le discours triomphaliste de quelques praticiens porteurs d’intérêts particuliers se soit montré capable d’abuser le législateur. »

Jacques Testart, Conférence donnée à la Cour de Cassation, 15 février 2018

1. Deux méthodes – une conséquence

 

La recherche sur l’embryon peut se pratiquer de deux façons : soit sur l’embryon en entier, soit sur les cellules souches. La recherche sur les cellules souches est parfois présentée comme posant moins de problème éthique car on n’agit pas sur l’être dans sa totalité. En réalité, le prélèvement des cellules souches ayant détruit l’embryon, la conséquence est la même pour lui !

 

a. La recherche sur l’embryon entier

Les recherches sur l’embryon lui-même visent à une meilleure connaissance de l’embryon in toto, de son développement et de ses interactions avec l’environnement.

Certaines recherches autorisées par l’Agence de la biomédecine ont, par exemple, pour finalité l’analyse des gènes ou des protéines exprimées dans les cellules de l’embryon afin d’améliorer la connaissance des voies cellulaires indispensables à un développement embryonnaire précoce efficace. Cette recherche peut, entre autres, être particulièrement utile pour améliorer l’assistance médicale à la procréation.

Il y a actuellement peu de protocoles de recherche sur l’embryon entier. Les chercheurs ne disposent que de 14 jours pour faire leurs recherches. Au 14e jour, l’embryon sur lequel on a introduit une modification doit être détruit. Pour obtenir des résultats intéressants, il faudrait pouvoir l’étudier tout au long d’une grossesse.

 

b. La recherche sur les cellules souches

Les cellules souches embryonnaires représentent un espoir pour la thérapie cellulaire. Plusieurs essais cliniques ont déjà eu lieu. Son but est d’obtenir des cellules spécialisées saines et fonctionnelles à partir de cellules souches embryonnaires. Elles sont ensuite injectées à un patient pour régénérer un organe ou restaurer sa fonction. La qualité de ces cellules est normée et les cellules doivent être agréées par les autorités de santé. Elles sont dites de « grade clinique ».

Nos recommandations


Des recommandations pour 2017-2022

RENFORCER le contrôle de l’Agence de la biomédecine qui autorise des recherches sur l’embryon illégales (dernier exemple : autorisation d’une recherche sur la FIV à trois parents-octobre 2016). Pour rappel, le Conseil d’Etat et le tribunal administratif de Paris ont l’un et l’autre rendu deux décisions définitives condamnant l’ABM. Ces autorisations délivrées par l’ABM étaient illégales.

RENFORCER le consentement des parents lors du don de leur embryon à la recherche (dans le cadre de l’Assistance médicale à la procréation). Ce consentement doit être éclairé : les parents doivent être informés que leur embryon sera détruit par la recherche, et doivent connaître la nature et l’objectif de la recherche pour laquelle leur embryon sera détruit. Ce consentement doit être réitéré si les cellules souches embryonnaires extraites de leur embryon sont utilisées pour une autre recherche.

PROMOUVOIR les recherches sur les cellules souches adultes qui ont des résultats thérapeutiques ainsi que la recherche sur les cellules adultes reprogrammées (iPS)

INTERDIRE toutes recherches pharmaceutiques (criblage moléculaire et modélisation de pathologies) sur des cellules souches embryonnaires humaines. Il est démontré que les cellules iPS répondent aux besoins de ce type de recherche.

CONSOLIDER l’interdiction du clonage et de la modification du génome afin d’empêcher de façon effective toute recherche sur l’embryon expérimentant la recherche sur la FIV à trois parents en France (recherche autorisée par l’ABM en 2016), ou l’expérimentation de CRISPR sur l’embryon humain etc.

CONSOLIDER l’interdiction de création d’embryons pour la recherche. La création d’embryons pour la recherche est une revendication du comité d’éthique de l’INSERM.

ABROGER la loi autorisant la recherche sur l’embryon humain afin de REVENIR à un principe d’interdiction assorti de dérogations. Sans résoudre le problème éthique, l’objectif de cette évolution est de retrouver une cohérence juridique avec le droit français (respect de l’être humain dès le commencement de sa vie – article 16 du Code civil) et avec le droit international (la Convention d’Oviedo exige d’accorder une protection adéquate à l’embryon humain).

ABROGER la disposition relative à la recherche biomédicale en assistance médicale à la procréation intégrée dans la loi santé de 2016. L’embryon humain y est particulièrement instrumentalisé au profit des intérêts de l’industrie procréatique.

INTERDIRE le don d’embryons, que l’on qualifie de « sans projet parental », à la recherche. En effet cette notion n’a aucun sens. La dignité de l’embryon ne change pas selon qu’il répond ou non à un projet.

INTERDIRE la recherche sur l’embryon humain qui n’a donné aucun résultat probant depuis plus de 20 ans de recherche dans le monde.

INSCRIRE dans la loi et la Constitution que l’embryon humain est une personne dotée d’une personnalité juridique comme celle d’une personne née.

 

Pour aller plus loin

Les autres manuels de la Fondation Jérôme Lejeune :