Recherche thérapeutique sur la trisomie 21 : où en est-on ?

Depuis quelques mois, les médias se font régulièrement l’écho d’avancées encourageantes.

labo triso

Depuis quelques mois, les médias se font régulièrement l’écho d’avancées encourageantes. Où en est-on réellement aujourd’hui ? Quels sont les travaux les plus significatifs ?

La connaissance scientifique de la trisomie 21 et la recherche de traitement continuent sans cesse leurs progrès : plusieurs voies sont actuellement explorées dans le cadre d’essais cliniques, tandis que les travaux en recherche fondamentale et expérimentale se poursuivent en vue de l’ouverture de nouvelles pistes.

Recherche clinique : les essais en cours EGCG.

Après une phase pilote menée en 2010-2011, l’équipe du Centre génomique de Barcelone a démarré début avril 2012 l’essai clinique proprement dit sur l’EGCG : cette molécule, le gallate d’épigallocatéchine, extraite du thé vert, avait précédemment confirmé son activité d’inhibition de la surexpression de l’enzyme DYRK1A chez la souris-modèle de trisomie 21 (travaux du Français Jean Delabar).

Cet essai, soutenu par la Fondation Jérôme Lejeune, incluera plus d’une centaine de patients adultes, chacun d’eux participant à l’étude pendant 18 mois. L’équipe de Mara Dierssen et de Raphaël de La Torre prévoit trois années d’études, suivies d’environ six mois de travaux complémentaires pour établir le bilan, sachant qu’il faut encore, ensuite, 6 à 12 mois avant que les résultats ne soient publiés.

ACTHYF
Mené à l’Institut Jérôme Lejeune, cet essai vise à confirmer et évaluer l’efficacité de l’acide folinique sur le développement psychomoteur de très jeunes enfants porteurs de trisomie 21 et supplémentés en hormone thyroïdienne. Le possible intérêt de l’association de ces deux médicaments avait fait partie des conclusions de l’étude ENTRAIN, également conduite à l’Institut, et dont les résultats ont été publiés en 2010 dans la revue scientifique américaine PlosOne.

ACTHYF, lancé en avril 2012 et prévu pour une durée de cinq ans à six ans, concernera plus de 250 enfants âgés de 6 à 18 mois au moment de leur entrée dans l’étude.

GABA

Les laboratoires Roche ont démarré au début de l’année aux Etats-Unis la phase pilote d’un essai clinique. Cette étude a été placée sous la responsabilité du Pr William Mobley, président du comité scientifique de la Fondation Jérôme Lejeune USA.

La molécule concernée, dont Roche garde secrète la « formule chimique », est un inhibiteur des récepteurs GABA, action d’inhibition dont on sait depuis 2004, grâce aux essais ex vivo puis in vivo chez la souris modèle de trisomie 21 du Pr William Mobley, qu’elle est intéressante pour améliorer les capacités de mémorisation, et donc d’apprentissage. Si cette phase pilote devrait être d’une durée de seulement quelques mois, la phase suivante – celle de l’essai clinique proprement dit – devrait en revanche prendre plusieurs années.

Recherche expérimentale

CiBleS21
Le programme lancé en 2004 par la Fondation Jérôme Lejeune a conduit fin 2011 au dépôt d’un brevet sur une famille de molécules à potentiel thérapeutique. Il s’agit, cette fois-ci, de parvenir à inhiber la surexpression de l’enzyme CBS, enzyme produite par le gène CBS du chromosome 21 et donc en trop grande quantité chez les personnes atteintes de trisomie 21.
La famille de molécules ayant fait l’objet d’études in vitro doit être désormais testé chez la souris. Ce travail expérimental, en cours de démarrage, devrait donner ses premiers résultats en décembre 2012, les résultats complets étant espérés pour le début du printemps 2013.

Cependant, les recherches se poursuivent afin d’identifier d’autres molécules inhibant la CBS et ayant les qualités requises pour devenir un médicament (non toxicité, taille permettant de passer la barrière hémato-encéphalique…).


Recherche Fondamentale 

Jean-Christophe Rain directeur des laboratoires hybrigenics

Les laboratoires Hybrigenics sont partenaires de la direction de la recherche de la Fondation Jérôme Lejeune pour l’étude Inter PP.

Quel est l’objectif de l’étude pour Interactions protéines-protéines ?
Jean-Christophe Rain : ce projet de la Fondation Jérôme Lejeune vise à créer une ressource pour l’ensemble des chercheurs qui étudient le fonctionnement des cellules afin de mieux connaître les protéines codées par le chromosome 21.

En quoi cela intéresse-t-il la recherche de traitements pour la trisomie 21 ?
J.-C. R. : les protéines sont les produits essentiels des gènes et c’est souvent leur dérégulation qui est à l’origine de pathologies, dont la déficience intellectuelle. Le fait de mieux comprendre les protéines du chromosome 21 et leurs interactions entre elles pourra générer des avancées décisives vers un traitement.

Deux ans après le lancement de ces travaux, où en êtes-vous ?
J.-C. R. : Nous avons atteints une première étape avec la description de plus de 600 interactions. Nous établissons maintenant des collaborations avec des scientifiques pour renforcer le réseau des chercheurs luttant pour combattre la déficience intellectuelle en étudiant ce réseau des protéines.