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Un candidat médicament entre dans la phase décisive des essais précliniques

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12 Nov 2020 Un candidat médicament entre dans la phase décisive des essais précliniques

Première étape franchie avec succès pour la molécule phare du laboratoire Perha Pharmaceuticals,   (www.perha-pharma.fr) dans la course au médicament correcteur du déficit intellectuel des personnes trisomiques.

La direction générale de la Fondation, en visite dans les laboratoires de Perha Pharmaceuticals, le 23 septembre 2020.

Roscoff abrite une station de biologie marine (SBR), fondée en 1872 par le professeur de zoologie Henri de Lacaze-Duthiers. Devenue en 2001 une fédération de recherche du département des Sciences de la Vie du CNRS, la SBR de Roscoff est aujourd’hui une unité d’environ 200 chercheurs et enseignants-chercheurs, ingénieurs et techniciens.

C’est dans cet environnement scientifique très favorable que le Docteur Laurent Meijer, chercheur pendant 32 ans au CNRS, spécialiste de la biologie cellulaire et moléculaire, est venu implanter en 2007 son laboratoire de biologie marine. 

Le Docteur Meijer est un homme doux, prudent et obstiné qui a consacré toute sa vie de chercheur à l’étude des protéines kinases, vaste famille d’enzymes très impliquées dans la régulation de l’activité des cellules (mécanisme de phosphorylation). Son laboratoire a développé plusieurs centaines de molécules inhibitrices de ces enzymes-kinases, dont la Roscovitine issue d’un œuf d’étoile de mer, qui présente un grand intérêt dans le traitement de la mucoviscidose, de la polyarthrite rhumatoïde et de certains cancers.

La protéine DYRK1A fait partie de la famille des kinases. Elle est synthétisée par le gène DYRK1A, localisé sur le chromosome 21. Une activité anormale de la kinase DYRK1A est observée dans les déficits cognitifs de la trisomie 21 et de la maladie d’Alzheimer. Sa normalisation ne réduirait-elle pas les déficits cognitifs de la trisomie 21 et le développement de la maladie d’Alzheimer ?

Laurent Meijer s’est intéressé très tôt à DYRK1A et, encouragé par la Fondation Jérôme Lejeune qui ne lui a pas ménagé son financement, a décidé de concentrer sur cette kinase de gros efforts de recherche. Après des années de développement et plus de 850 molécules modélisées, elle vient d’achever une étape majeure dans la détermination d’un candidat-médicament. En effet, son équipe a réussi à synthétiser une nouvelle famille de kinases capables de normaliser l’activité de DYRK1A.
Sur les 350 molécules de cette famille, 14 d’entre elles ont passé avec succès les tests de recherche exploratoire et en particulier de toxicité et d’efficacité in vitro et sur des modèles animaux (cf encadré). Des brevets ont été déposés pour les protéger pendant 20 ans et permettre à cette équipe de dérouler sereinement les étapes suivantes.
Maintenant, il ne reste à Laurent Meijer et à son équipe qu’à «sélectionner» la molécule-championne baptisée Leucettinib 21, celle qui pourra franchir les haies des étapes suivantes.

Les prochaines étapes ? Laurent Meijer et son équipe se sont fixés deux échéances : le 1er novembre pour le choix crucial de la molécule championne et l’année 2021 pour synthétiser le lot préclinique et remplir les conditions de la préclinique réglementaire (1 an).

Dès lors, un nouveau chapitre du développement thérapeutique va s’ouvrir, celui de la phase préclinique dont la durée peut varier de 2 à 3 ans.

COMPRENDRE LES PHASES DU DÉVELOPPEMENT CLINIQUE

Qu’est-ce qu’une étude préclinique ?

Les études précliniques permettent d’acquérir les premières connaissances sur les propriétés pharmaceutiques d’un candidat médicament, indispensable avant les essais chez l’homme. Le développement préclinique consiste à évaluer le concept d’efficacité et d’innocuité de la molécule, les risques d’effets secondaires et les caractéristiques cinétiques et métaboliques d’un candidat-médicament.

De nombreuses études pharmacologiques, pharmacocinétiques et toxicologiques sont effectuées lors de cette étape répondant à un cahier des charges scientifique international rigoureux. Leurs résultats positifs sont évalués par les autorités réglementaires du pays concerné, permettant d’entrer en phase d’essai clinique chez l’homme.


La phase du développement clinique comprend trois parties.

La phase 1 doit permettre de mesurer la toxicité du produit sur un petit nombre de volontaires sains sous un strict contrôle médical et de déterminer par des administrations de doses croissantes, la dose à utiliser lors des étapes de développement ultérieures. Il est en effet essentiel d’évaluer la sécurité du produit et son évolution dans l’organisme ainsi que d’identifier les effets indésirables.

La phase 2 permet de définir la dose optimale et de valider l’hypothèse initiale sur la mesure de l’efficacité du traitement et ceci sur de petites populations de patients très homogènes de par leurs caractéristiques biologiques. Les études sont menées contre placebo et en double aveugle pour obtenir la meilleure exploitation possible des résultats. Ces essais cliniques se déroulent selon des protocoles élaborés en amont. Les cliniciens de l’Institut Jérôme Lejeune et l’équipe de recherche ont déjà pris part à ces discussions. Le projet DYRK1A s’adresse à deux populations, les jeunes personnes trisomiques, afin d’améliorer leur courbe d’apprentissage et les adultes trisomiques susceptibles de développer un Alzheimer précoce, afin de prévenir et retarder la maladie.

La phase 3 est très onéreuse et ne peut pas être menée par un laboratoire de la taille de Perha Pharma. En général c’est une « Big Pharma » qui prend le relai, via une licence. Cette phase consiste à comparer l’efficacité thérapeutique du nouveau médicament à un traitement de référence et d’étudier la sécurité du médicament. Cette étude est menée sur plusieurs centaines de patients.

En fonction des résultats des essais de phase 3, le laboratoire Perha Pharmaceuticals présentera les données de toutes ces études préalablement soumises aux autorités réglementaires pour obtenir une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) de la nouvelle molécule et mettre ce nouveau médicament à disposition.

La route est encore longue et chaque étape est incertaine. Laurent Meijer et son équipe ont des raisons scientifiques de croire que leur molécule est une championne. La Fondation, très largement impliquée dans la phase de création et de développement initial de la molécule, est naturellement appelée à soutenir financièrement la phase préclinique. Il n’y aura pas de succès thérapeutique sans une détermination sans faille de tous.

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