« Vincent Lambert sera l’innocent le plus condamné à mort de l’histoire. »

Pourquoi Vincent Lambert est-il soumis à une mort donnée en spectacle tandis que des milliers d’autres patients comme lui sont admirablement traités dans des unités spécialisées qui ne demandent qu’à l’accueillir ? Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, l’explique dans Valeurs actuelles :

Vincent Lambert sera l’innocent le plus condamné à mort de l’histoire. Au bout de six ans d’efforts obstinés, la quatrième procédure collective de fin de vie à l’encontre du plus célèbre tétraplégique de France va aboutir. Il sera le bouc émissaire idéal qui permettra à l’État de franchir le cap de la normalisation de l’euthanasie une bonne fois pour toutes, l’affaire n’ayant que trop duré.
Les lois Leonetti, en 2005, et Leonetti-Claeys, en 2016, à partir desquelles le Conseil d’État a statué, ont été voulues comme des réponses médicales à une question anthropologique. Fallait-il autoriser l’euthanasie, oui ou non ? Le résultat législatif a été une aberration saluée à l’unanimité. On a formulé un « non » au mot d’euthanasie mais un « oui » à la chose. La première loi a ouvert la voie à l’arrêt de la nutrition et de l’hydratation considérées comme des traitements à options alors qu’il s’agit de soins qui sont dus. La seconde loi devait réparer l’inconscience de la première en associant une sédation profonde et continue à la cruauté d’une mort de faim et de soif.
L’application de cette législation sur la fin de vie à Vincent Lambert a été une autre aberration. L’intéressé est en état de conscience altérée, ce qui ne signifie pas absence de conscience, il n’est ni en fin de vie ni atteint d’une maladie grave, incurable ou dégénérative, ne souffre pas et n’est pas maintenu en vie artificiellement par des traitements curatifs, une perfusion ou une assistance respiratoire, se réveille le matin et s’endort le soir. Il est habituellement alimenté et hydraté par une gastrostomie qui permet de le nourrir sans risque et de manière pratique. Il a même retrouvé spontanément le réflexe de déglutition et serait apte à redécouvrir la saveur des aliments si on prenait le temps de les lui donner.

Pourquoi Vincent Lambert est-il donc soumis à une mort donnée en spectacle tandis que des milliers d’autres patients comme lui sont admirablement traités dans des unités spécialisées qui ne demandent qu’à l’accueillir ? Pourquoi reste-t-il séquestré alors qu’il est si simple à l’hôpital d’autoriser un transfert ? Pourquoi est-il privé d’orthophonie, de kinésithérapie, de mise au fauteuil, de promenade à l’air libre ? La situation est inexplicable sauf à comprendre que l’affaire Lambert a été érigée en cas d’école pour obliger à sortir de l’hypocrisie législative. Les familles, la médecine, la justice, l’opinion publique ne doivent pas être exposées à de telles bavures qui s’apparentent à de l’euthanasie clandestine. La société est mûre pour un « droit à mourir dans la dignité » clair et net. En attendant, on scénarisera le drame de cette mauvaise application des lois, de ces incertitudes des juges, de ces existences qui n’en sont pas et du courage de celui qui poussera la seringue. Il faut des « illégalités fécondes » pour faire passer la barbarie du fait au droit. Certains vivants sont des désordres, leur mort rétablit l’ordre. Un ordre nouveau qui naît dans un assentiment religieux.