Bien avant d’être déclaré Vénérable par l’Église catholique en 2021, Jérôme Lejeune avait noué des liens étroits avec le Saint-Siège. Membre de l’Académie pontificale des sciences, conseiller de plusieurs papes et proche de saint Jean-Paul II, il mit pendant plus de vingt ans son expertise scientifique au service de la défense de la dignité humaine et de la vie.
Un laïc engagé au service du Saint-Siège
Homme de science, Jérôme Lejeune est aussi un catholique fervent. Deux jours avant sa mort, il confiera à un proche : « Je n’ai jamais trahi ma foi ». En 1967, à 41 ans, il vécut une brève expérience mystique au cours d’une excursion au bord du lac de Tibériade, en parallèle d’un congrès scientifique. Il en gardera « pour jamais la certitude des retrouvailles et de la merveilleuse intimité que Jésus a préparée pour les hommes, […] en cet envers réel de tout ce qui est et qui ne se découvre enfin que lorsque l’on peut le voir de l’autre côté du temps ». Il en tirera aussi le courage de défendre la vie humaine au prix des menaces en tout genre et du renoncement aux honneurs du monde.
Jérôme Lejeune mit par la suite son expertise scientifique et son talent d’orateur au service direct du Saint-Siège. En 1974, il fut nommé par le pape Paul VI membre de l’Académie pontificale des sciences. À ce titre, il participa en août 1974 à la délégation officielle du Saint-Siège pour la Conférence mondiale de la population à Bucarest. Ce fut sa première mission officielle au service du Vatican ; d’autres suivirent. En 1981, lors d’une montée des tensions faisant craindre un affrontement atomique entre les États-Unis et l’URSS, il fut dépêché auprès de Léonid Brejnev pour le mettre en garde sur les dangers de l’arme atomique (Lejeune était expert sur les radiations atomiques auprès de l’ONU depuis 1957). « Nous, scientifiques, affirme-t-il à Brejnev, nous savons que, pour la première fois, la survie de l’humanité dépend de l’acceptation par toutes les nations de préceptes moraux transcendant tout système et toute spéculation ».
Jérôme Lejeune rencontra fréquemment le cardinal Ratzinger qu’il accueillit, en 1992, à l’Académie des sciences morales et politiques. Il défendit publiquement l’instruction Donum vitae condamnant la procréation médicalement assistée (1987), qui avait valu au cardinal Ratzinger de nombreuses critiques, comme il avait défendu en 1968 l’encyclique Humanae vitae de Paul VI. Mais le pape dont il fut le plus proche fut incontestablement Jean-Paul II.

Une amitié féconde avec saint Jean-Paul II
En 1975, Jérôme Lejeune se lia d’amitié avec Wanda Poltawska, grande amie de Jean-Paul II. Torturée à 18 ans et soumise à des expérimentations médicales forcées dans un camp de concentration, cette psychiatre polonaise tira de cette expérience une ferveur extraordinaire pour défendre la vie. C’est par elle que Karol Wojtyla entendit parler de Jérôme Lejeune et demanda à le rencontrer peu après son élection en 1978. Entre Jérôme et le saint Pape se noua peu à peu une profonde amitié. Wanda en témoigna : « Il y avait une communion, une unité d’âme entre eux. Ensemble, ils parlaient tout le temps de Dieu ». Jérôme et son épouse, Birthe, déjeunaient avec le Saint-Père le 13 mai 1981, quelques heures avant l’attentat de la place Saint-Pierre.
En 1993, quelques mois avant que Jérôme Lejeune n’apprenne qu’il était atteint d’un cancer en phase terminale, Jean-Paul II décida la création d’une Académie pontificale pour la vie dont il confia la création à Jérôme Lejeune. Celui-ci travailla dès l’été sur les statuts de cette institution ainsi que sur la nomination de ses futurs membres. Il rédigea l’Attestation des serviteurs de la vie, attestation que chaque nouveau membre, indépendamment de ses convictions religieuses, devrait prononcer avant d’intégrer l’Académie (cf. Annexe 1).
Quelques mois plus tard, en décembre 1993, Jérôme Lejeune découvre qu’il est atteint d’un cancer des poumons à un stade très avancé. Il est néanmoins nommé premier président de l’Académie pontificale pour la vie en février 1994, peu avant de mourir le 3 avril, jour de Pâques. Wanda Poltawska a témoigné de la réaction de Jean-Paul II à cette nouvelle : « Au petit-déjeuner j’étais à table avec le Saint-Père quand Mgr Stanislas Dziwisz nous a appris la mort de Jérôme Lejeune. Le Saint-Père fut très triste. Ce fut pour lui un choc terrible. La réponse du Saint-Père fut significative, avec un geste de la main il dit : ‘Mon Dieu, j’ai besoin de lui…” ». Le lendemain, il adressa au Cardinal Jean-Marie Lustiger une lettre soulignant le charisme « d’un grand chrétien du XXᵉ siècle, d’un homme pour qui la défense de la vie est devenue un apostolat » (cf. Annexe 2).
Très vite, le pape exprima le souhait de venir se recueillir sur sa tombe, à Chalo-Saint-Mars (Essonne). Lors de son déplacement en France pour les Journées mondiales de la jeunesse, le 22 août 1997, il bouscula le programme de son voyage, malgré sa fatigue, pour aller se recueillir sur la tombe de celui qu’il appelait « son frère Jérôme ».

La Cause de canonisation
Jérôme Lejeune fut déclaré Vénérable le 21 janvier 2021.
Sa réputation de sainteté fut en effet importante et immédiate dès son décès. De nombreux témoignages, venant de France et de l’étranger, arrivèrent pour demander l’ouverture de la Cause, notamment une pétition signée par 50 personnalités d’Amérique latine et envoyée au Vatican le jour même de son décès. L’ouverture de cette Cause fut entre autres demandée :
– par la Fédération internationale des médecins catholiques,
– par le Cardinal Fiorenzo Angelini, Président du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé (en 2004, à l’occasion du dixième anniversaire de la création de l’Académie pontificale pour la vie, qui correspondait aussi au dixième anniversaire de la mort de Jérôme Lejeune),
– de manière répétée, par le Cardinal Elio Sgreccia, deuxième successeur de Jérôme Lejeune à la présidence de l’Académie pontificale pour la vie.
Avec le Nihil Obstat émis par la Congrégation romaine pour les Causes des saints, la phase d’enquête diocésaine fut ouverte le 28 juin 2007 par l’archevêque de Paris, le Cardinal Vingt-Trois . Le père Jean-Charles Nault, premier postulateur de la Cause, souligna à cette occasion que « le témoignage du Professeur Lejeune est vraiment prophétique et d’une actualité étonnante. (…) En ces temps où notre société remet en question les certitudes les plus fondamentales concernant la personne humaine, il demeure un témoin passionné et courageux de la vérité et de la charité ».
Depuis l’ouverture de cette Cause, des témoignages et demandes de prières venant du monde entier ne cessent d’affluer.
Après cinq années de recueil d’information, le Père Jean-Charles Nault remit officiellement les documents de l’enquête diocésaine à la Congrégation pour les Causes des Saints, le 18 avril 2012. Aude Dugast fut ensuite nommée postulatrice pour le procès romain, qui put s’ouvrir le 21 février 2013. Cinq années de travail furent nécessaires pour étudier les 15 000 pages de documents et témoignages réunis lors de l’enquête diocésaine, analyser les vertus du Serviteur de Dieu en collaboration avec le rapporteur à la Congrégation des causes des saints, et rédiger une Positio de 1000 pages sur la vie, les vertus et la réputation de sainteté du Serviteur de Dieu. Cette Positio fut remise à la Congrégation des Causes des Saints le 5 mai 2017 par Aude Dugast.
Le 21 janvier 2021, le pape François accepta la promulgation du décret reconnaissant l’héroïcité des vertus de Jérôme Lejeune, après le vote positif de la Congrégation pour les Causes des saints du 12 janvier 2021. Jérôme Lejeune est désormais vénérable pour l’Église catholique.
La Postulatrice étudie aujourd’hui tous les témoignages de grâces et de guérisons reçus afin d’évaluer si certains dossiers peuvent être proposés à l’étude des experts scientifiques et théologiens en vue de la reconnaissance d’un miracle.
