Dans un rapport consacré aux violences subies par les femmes âgées, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence à l’égard des femmes et des filles alerte sur les risques que peuvent représenter l’euthanasie et le suicide assisté pour des femmes particulièrement vulnérables. Plusieurs alertes portées par la Fondation Jérôme Lejeune ont été reprises dans le document.
Publié en juillet, le rapport de la Rapporteuse spéciale des Nations Unies Reem Alsalem s’intéresse aux multiples formes de violence auxquelles sont exposées les femmes âgées : violences physiques et psychologiques, négligences, difficultés d’accès aux soins ou vulnérabilités liées au handicap.
Pour préparer ce rapport, la Rapporteuse spéciale avait lancé un appel à contributions. Par l’intermédiaire de Moutiaa Gouaida, sa représentante auprès des Nations Unies, la Fondation Jérôme Lejeune y avait répondu afin d’alerter sur les risques spécifiques que l’euthanasie et le suicide assisté peuvent représenter pour les femmes âgées en situation de vulnérabilité.
Cette contribution n’est pas restée sans écho. L’euthanasie et le suicide assisté sont mentionnés à plusieurs reprises dans le rapport, notamment dans les parties consacrées aux violences physiques et psychologiques. La Fondation Jérôme Lejeune figure parmi les références citées.
Quand le manque de soins conduit au désespoir
L’une des alertes de la Fondation est directement reprise dans le rapport. La Rapporteuse spéciale écrit :
« Lorsque les soins à prodiguer aux femmes âgées, notamment les soins psychologiques et les soins de fin de vie, sont négligés, celles-ci peuvent perdre espoir et se sentir poussées à accepter plus souvent le suicide assisté ou l’euthanasie. »
La note associée à cette affirmation renvoie explicitement à la contribution de la Fondation Jérôme Lejeune. Le rapport avertit également que la normalisation de l’euthanasie peut renforcer des représentations négatives sur « la valeur des personnes qui ont besoin de soins supplémentaires ».
Un constat particulièrement préoccupant lorsque le sentiment d’être devenu une charge pour les autres s’installe.
« Ne pas vouloir être un fardeau »
C’est l’un des passages les plus forts du rapport. Dans la partie consacrée aux violences psychologiques, la Rapporteuse spéciale met en cause les représentations sociales qui associent vieillesse, dépendance et perte de dignité :
« Les violences psychologiques se manifestent également par le fait que les femmes âgées sont représentées comme constituant un fardeau financier pour la société, les situations de vulnérabilité, de maladie ou de déclin lié à l’âge étant vues comme incompatibles avec une vie digne. »
Le rapport ajoute ensuite :
« D’après des données provenant de l’Ontario (Canada), 47 % des personnes interrogées ont indiqué que le fait de ne pas vouloir être un fardeau pour leur famille et les personnes qui s’occupent d’elles était l’une de leurs principales raisons d’envisager l’euthanasie ou le suicide assisté. »
Plus grave encore, la Rapporteuse relève que « certaines femmes âgées ont rapporté avoir subi des pressions pour accepter l’euthanasie ou un suicide assisté lorsqu’elles sollicitaient une aide médicale pour des problèmes de santé, notamment des douleurs traitables ou des demandes d’installation de rampes d’accès pour fauteuils roulants, et sans aucun consentement éclairé. »
Ces exemples montrent à quel point la notion de choix libre est toute relative lorsque celui-ci s’exerce dans un contexte de solitude, de dépendance, de maladie ou lorsque le sentiment d’être une charge pour l’entourage s’installe.
Certains cas d’euthanasie classés parmi les violences physiques
Fait notable, la Rapporteuse aborde également plusieurs situations d’euthanasie dans la section du rapport consacrée aux violences physiques.
Le rapport indique que les femmes représentent environ 69 % à 77 % des cas d’euthanasie pour raisons psychiatriques. Il rapporte aussi des situations dans lesquelles des femmes âgées ont fait l’objet d’une euthanasie à la demande de leur famille alors qu’elles n’étaient plus en mesure d’exprimer leur volonté, ou alors même qu’elles avaient manifesté leur souhait de bénéficier de soins palliatifs plutôt que d’une euthanasie.
Le rapport met ainsi en lumière une dérive inquiétante : celle de voir l’euthanasie utilisée pour se débarrasser d’un proche jugé encombrant, là où sa vulnérabilité appelait au contraire davantage de protection et de soin.
Les femmes âgées handicapées particulièrement exposées
Une attention particulière est également portée aux femmes âgées en situation de handicap. La Rapporteuse souligne qu’elles comptent parmi les personnes les plus exposées aux violences en raison du cumul de l’âge, du handicap et de la dépendance.
« La violence peut notamment prendre la forme d’un refus de fournir des médicaments, des aides techniques, de la nourriture ou des soins personnels, d’une atteinte à l’autonomie dans les décisions médicales et financières, d’un placement en institution contre la volonté de la personne concernée, ainsi que du recours à des mesures de contention physiques ou chimiques dans les établissements de soins. »
Faire des soins palliatifs une priorité
Face à ces constats, la Rapporteuse spéciale formule de nombreuses recommandations. L’une d’elle se distingue particulièrement : « Renforcer les politiques et accroître les investissements dans des soins palliatifs et des soins de fin de vie de grande qualité, y compris en ce qui concerne l’accès des femmes âgées à un soutien psychologique, social et spirituel. »
Cette recommandation s’inscrit dans une approche plus large : refuser que les politiques destinées aux femmes âgées soient guidées par de simples « critères étroits de rentabilité qui désavantagent les personnes âgées ». La Rapporteuse appelle au contraire à fonder ces politiques sur « l’égalité en dignité et la valeur intrinsèque à chaque personne ».
Cette recommandation rejoint pleinement l’engagement de la Fondation Jérôme Lejeune : face à la maladie, au handicap, à la dépendance ou à la fin de vie, la vulnérabilité doit appeler davantage de soins, de présence et de protection.
À travers le travail mené par Moutiaa Gouaida, sa représentante auprès des Nations Unies, la Fondation poursuit son action auprès des institutions internationales et suit notamment les travaux consacrés à l’élaboration d’un éventuel instrument international relatif aux droits des personnes âgées. Le rapport lui-même appelle à soutenir un tel instrument afin qu’il garantisse notamment leur autonomie, leur protection sociale et leur droit de vivre à l’abri de la violence et de la discrimination.
