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Jean-Marie Le Méné sur BFM TV sur la loi sur l’IVG

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21 Jan 2014 Jean-Marie Le Méné sur BFM TV sur la loi sur l’IVG

  Jean-Marie Le Méné débat avec Axelle Lemaire : « Faut il revenir sur la loi sur l’avortement ? »

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Interview de Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune sur BFM-TV avec Axellle Lemaire, députée socialiste.

 

Journaliste : L’avortement en question, c’est le débat du jour. En proposant de retirer la notion de détresse, la majorité socialiste a enflammé les anti-IVG. Vous les avez vu dans la rue hier, les débats étaient aujourd’hui à l’Assemblée nationale avec notamment la députée Axelle Lemaire, députée socialiste des français de l’étranger, co-auteur du texte, en duplex depuis l’Assemblée. Bonsoir Madame la députée, et j’accueille également un de ceux qui étaient dans la rue hier, Jean-Marie Le Méné. Bonsoir, vous êtes le président de la Fondation Jérôme Lejeune. Axelle Lemaire, pourquoi ce texte, pourquoi remettre en cause cette notion de détresse ?

AL : parce que c’est une notion qui est le résultat d’un compromis politique trouvé en 1975 pour que le texte défendu à l’époque par la ministre de la Santé, Simone Veil, passe, soit adopté, à la majorité en majeur partie, et en particulier par les voix de la droite, et que donc l’IVG soit dépénalisé. En fait, cette notion de détresse ne correspond absolument plus à la réalité non seulement juridique – elle n’a pas d’effet dans les textes – mais non plus à la réalité sociale qui est celle des Françaises aujourd’hui qui sont environ 220 000 chaque année à recourir à l’IVG et ce chiffre est stable depuis de très nombreuses années. Il est plutôt en baisse légèrement, en particulier grâce à l’information et à l’accès facilité aux méthodes de contraception.

Journaliste : Alors justement, pourquoi revenir sur le texte Veil, pus de 40 ans après que la loi Veil est en place ? Est-ce que ce n’est pas une provocation alors qu’au même moment en Espagne on remet en cause l’avortement ?

AL : Non, enfin, au contraire, moi je trouve qu’il faut poser la question en sens inverse, dans son sens premier qui est, comment se fait-il qu’aujourd’hui en France en 2013, on ne devrait pas parler du droit d’avoir accès à l’IVG ? Cela me paraitrait absolument anormal qu’on ne puisse pas poser la question d’une réaffirmation du droit à l’IVG de manière sereine, surtout quand on sait que 75% des Françaises et des Français considèrent que c’est un droit acquis ancré dans les évolutions sociétales. Et il me paraît donc normal, en tant que législateur – qui a la responsabilité que le droit reflète aussi les tendances de la société – d’inscrire cette réalité dans le Code de la Santé publique. Vous parlez de l’Espagne, et c’est là que l’engagement que je porte est aussi politique et symbolique. Je crois que nous avons un devoir de tendre la main par solidarité aux femmes espagnoles qui risquent de voir leur droit, et en particulier le droit d’accès à l’IVG remis en cause par un gouvernement très régressif puisqu’il qui revient sur une situation telle qu’elle existait il y a plus de 30 ans.

Journaliste : Axelle Lemaire, Jean-Marie Le Méné vous a écouté sagement. Vous avez entendu les arguments de la députée socialiste. Pourquoi vous étiez dans la rue hier ?

JMLM : Et bien, parce que l’on n’est pas d’accord sur la légalisation de l’avortement de convenance, et vous avez rappelé que je suis le président de la Fondation Jérôme Lejeune. J’ai soutenu cette Marche pour la Vie historique, et je ne suis pas d’accord sur le fait de donner des armes à ceux qui veulent supprimer la vie des enfants handicapés avant la naissance. Ces enfants que, nous, nous recevons en consultation après. Or on constate depuis 20 ans que 97% des enfants handicapés dépistés trisomiques 21 sont éliminés avant la naissance. L’avortement de convenance va entraîner plus d’eugénisme puisqu’on pourra avorter sur le critère du sexe, des yeux bleus, etc.

Journaliste : Vous pensez que cet amendement va favoriser l’avortement en France ?

JMLM : oui parce que la condition de la détresse était une toute petite limitation, et ça montrait bien que ce n’était pas un droit à l’avortement, c’était une dépénalisation, c’était dérogatoire par rapport au principe du respect de la vie qui est admis par tout le monde. Et puis, il y a une deuxième raison qui est plus grave encore et qui tient à la liberté d’expression. Moi je ne suis pas d’accord pour qu’on menace de 2 ans de prison ceux qui veulent donner une information vraie et qui veulent dire la vérité sur l’acte de l’avortement.

Journaliste : Ca veut dire quoi ? Ce sont les manifestations que vous faites devant…

JMLM : C’est-à-dire qu’il y a une extension faite au délit d’entrave à l’information. C’est-à-dire que si l’on ne dit pas la pensée commune, la pensée politique commune sur l’avortement et bien on risque d’aller en prison. Dire la vérité sur l’avortement, ça va devenir impossible et je souhaite que cette information sur l’avortement et l’information sur la possibilité de garder un enfant, d’accueillir un enfant, cela puisse toujours être dit et qu’on puisse également dire que l’on est contre l’avortement. On a le droit dans ce pays de dire qu’on est contre l’avortement.

Journaliste : vous le dites ce soir sur BFM TV dans ce débat en toute liberté. Axelle Lemaire, vous entendez également les arguments de Jean-Marie Le Méné. Finalement on va banaliser l’avortement ?

AL : Mais pas du tout ! D’abord je suis vraiment choquée par l’usage de l’expression avortement de convenance. C’est l’expression qui est employée par Marine Le Pen, en tous les cas qui l’a été par le Front National, par le passé, qui est complètement à côté de la plaque de la réalité. Lorsque l’on supprime la notion de détresse, on la supprime comme condition pour l’accès à l’IVG et ça ne veut pas dire que l’on porte un jugement sur la situation personnelle de la femme et ce qu’elle peut vivre ou ne pas vivre. Cela veut dire qu’on lui laisse la liberté totale de choix de recourir ou non à l’avortement, peut-être se sent-elle en situation de désespérance ou qu’elle est confrontée à une très grande difficulté, pour autant ce n’est pas à la société, à un médecin ou à juge d’évaluer cette détresse. Je suis également choquée par la notion d’eugénisme. Alors, je rappelle qu’en France, l’IVG est autorisée jusqu’à 12 semaines, soit bien avant l’acte médial qui permet d’identifier le sexe ou moins encore la couleur des yeux. Là on est dans une espèce de délire qui entretient des confusions qui sont dangereuses et des fantasmes. D’où la nécessité d’avoir ce débat. Quant à la liberté d’expression, elle est pleine, elle est entière, elle permet d’ailleurs d’échanger des arguments comme nous le faisons ce soir. En revanche, le délit d’entrave qui existe dans le droit français depuis 1993, si je ne m’abuse, qui est donc un délit pénal qui répond à des critères de qualifications très définis et qui consiste pour une personne à entraver la possibilité de recourir à l’IVG. A l’époque ça s’exprimait souvent physiquement. Une jeune femme qui arrivait au centre IVG se voyait fermer l’accès ou empêcher l’accès, un médecin ne pouvait pas pratiquer l’acte médical de l’IVG. Aujourd’hui, l’enjeu est stratégique autour de l’accès à l’information et le délit d’entrave est étendu à celles ou ceux qui véhiculeraient des informations susceptibles d’empêcher l’accès à l’IVG pour une femme qui voudrait y accéder. C’est simplement conforme à la réalité du monde contemporain, là encore, tel qu’il évolue, tel que tous nous vivons dedans, et je trouve extraordinaire que les arguments que l’on entendait il y a 40 ans, 40 ans [elle répète], continuent et qu’ils sont en réalité des arguments anti IVG qui continuent d’être exprimés aujourd’hui en France.

Journaliste : Alors, Jean-Marie Le Méné, combat d’arrière garde, c’est l’Espagne qui vous donne des ailes ? Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu une manifestation avec des anti-IVG, une manifestation relativement nombreuse ?

JMLM : Mais ce n’est pas nouveau. Ce n’est pas nous qui avons ouvert les hostilités. Ce n’est pas nous qui avons déposé ces amendements.

Journaliste : Mais vous regardez l’Espagne aussi ?

JMLM : en France, l’Espagne est un modèle de progressisme.

Journaliste : Vous croyez que la société française…Quand on sonde les Français, l’avortement c’est quelque chose qui fait partie de la vie.

JMLM : Mais on peut toujours rêver, on peut toujours espérer parce que l’Espagne était dans le camp de Zapatero il y a encore quelques années, et dorénavant il a complètement changé de point de vue et aujourd’hui les opposants à l’avortement ont réussi à faire passer un projet de texte qui sera voté au Parlement espagnol dans quelques mois. C’est tout à fait possible, en réalité, d’espérer que les choses se retournent dans ce sens là en France.

Journaliste : le chiffre n’a pas vraiment évolué. C’est toujours autour de 200 000 avortements depuis 40 ans. C’était l’argument fort de dire qu’il y aura chaque année de plus en plus de femmes qui avorteront.

JMLM : Non mais 200 000 depuis 40 ans, ca fait 8 ou 9 millions, ce n’est quand même pas anodin. Cela bouge en Espagne, ça a bougé dans les pays de l’Est, ça bouge dans le nord de l’Europe, dans certains des Etats des Etats-Unis, il n’y a que la France qui reste dans son pré carré. Non, ca va bouger en France, forcément.

Journaliste : l’argument aussi qui était avancé : à cause de l’avortement, on fait moins d’enfants. La France est un des pays qui fait le plus d’enfants en Europe.

JMLM : oui, enfin 9 millions d’enfants qui manquent, de personnes actives qui manquent depuis 40 ans, ce n’est pas anodin. L’avortement a des conséquences, c’est ça ce qui est important, ce n’est pas que le droit de la femme, d’abord ce n’est pas un droit, il faut le dire, ça n’a jamais été un droit, c’est une dérogation. Mais l’avortement peut être abordé sous l’angle de la femme, c’est un problème qui concerne la femme, mais ça concerne d’abord l’enfant – parce que c’est d’abord un enfant. Il s’agit bien d’un enfant. On parle d’un enfant. Il faut parler d’un enfant. Or, sur le site de l’IVG du gouvernement il n’y a pas une seule fois le mot enfant, pas une seule fois le mot embryon, ni même fœtus, c’est complètement virtualisé, on ne sait même pas ce que l’on va faire. On a moins d’information que quand on va se faire arracher une dent de sagesse et qu’on regarde sur Internet.

Journaliste : on va voir un médecin, le gynécologue…

JMLM : Il n’y a pas d’information sur l’acte, sur les conséquences de l’acte. C’est du délit d’information.
Journaliste : Axelle Lemaire, que répondez-vous sur ce défaut d’information tel que le perçoit Jean-Marie Le Méné lorsqu’une femme veut se faire avorter?

AL : J’aimerais que l’information soit du bon côté. J’aimerais que ce monsieur m’explique pourquoi les mouvements anti IVG sont contre en général l’éducation sexuelle à l’école, sont contre la contraception pour les mineurs par exemple, là aussi qui est une réalité de la société dans laquelle on vit. C’est un véritable paradoxe. On a le sentiment de faire un retour au Moyen Age, une régression extraordinaire. Moi je suis sans voix lorsque j’entends les arguments qui sont mis en avant.

JMLM : Il y a une désinformation très importante sur le site du gouvernement qui informe sur l’IVG et c’est la raison pour laquelle MME Belkacem voulait mettre un site effectivement gouvernemental qui donnait une information objective sur l’IVG. En réalité, c’est une désinformation, il n’y a pas toutes les informations qu’il devrait y avoir.
Journaliste : Vous êtes contre l’éducation sexuelle en tous cas, peut-être sur les moyens de contraception pour éviter justement les avortements.

JMLM : Je ne suis pas contre tout cela du tout. Ce n’est pas du tout la question. Je dis simplement que lorsque le gouvernement menace de 2 ans de prison, attendez, les gens qui feraient de la désinformation sur l’avortement, ils sont les premiers visés. Il faudrait mettre les ministres depuis 40 ans en prison ou le Planning Familial.

Journaliste : Axelle Lemaire.

JMLM : Ils font de la désinformation depuis 40 ans. C’est tout.

AL : Non, mais c’est risible. Plaçons-nous du point de vue de la femme, sachant que les 2/3 des femmes qui en France ont recours à l’avortement prennent un mode de contraception. Donc c’est bien la preuve qu’on n’avorte pas pour le plaisir, par désir de mort, quoi que ce soit, bien sûr que non. Tout le monde aime célébrer la vie. Tout le monde aime célébrer la joie d’une naissance. Donc c’est le plus souvent vécu comme une contrainte. Et ce qu’il faut garantir c’est le choix à la femme de faire le choix de garder ou non son enfant. Beaucoup ne peuvent pas le garder, l’enfant s’il était gardé, grandirait dans des conditions qui ne seraient pas des conditions heureuses ni pour lui, ni pour ses parents, et puis de toutes les manières on ne peut pas parler d’enfant puisqu’il s’agit à peine d’un enfant, d’un embryon qui a quelques semaines, on voit bien à quel point on entre dans un discours qui se veut culpabilisateur, on se met à la place de la femme pour juger à sa place la situation dans laquelle elle se trouve, ou on lui dit « attention si vous avez recours à l’IVG ensuite vous culpabiliserez, vous serez traumatisée jusqu’à la fin de vos jours ». Je me demande au nom de quoi ce monsieur peut se prononcer.

JMLM : Le fait de dire qu’il n’y ait pas d’enfant avant la naissance, on ne peut pas laisser dire cela à un parlementaire français. Le fait qu’il n’y ait pas d’enfant à la naissance est un acte de désinformation, c’est de la malhonnêteté intellectuelle. Il y a un être vivant avant la naissance. Pas un scientifique dans le monde ne peut dire le contraire.

AL : enfin, c’est la loi qui le dit.

JMLM : C’est de l’idéologie socialiste, et ça on n’a pas le droit de dire ça. La loi Veil n’est absolument pas menacée et vous avez rouvert les hostilités pour des raisons idéologiques.

Journaliste : On n’arrivera pas à vous mettre d’accord ce soir, mais on a entendu les arguments des uns et des autres.

AL : vous, lorsque..

Journaliste : non, Madame la député c’est terminée. Axelle Lemaire, merci. Merci Jean-Marie Le Méné, merci. Merci à vous deux d’avoir débattu ce soir sur cette question de l’avortement.

 

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