La Chaire internationale de bioéthique Jérôme Lejeune a organisé son premier séminaire à Paris, le 14 mars dernier, à destination principalement des étudiants et Alumni de la Master-Class Sciences et Éthique Jérôme Lejeune. Une occasion de réfléchir ensemble aux défis et aux opportunités qu’offre l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé.
Le 14 mars, le séminaire sur l’IA et la santé organisé par la Chaire de Bioéthique Jérôme Lejeune (CIBJL), a réuni près de 100 participants à Paris dont de nombreux étudiants de la promotion actuelle de la Master-Class et des Alumni. Comme les précédents Congrès internationaux de la CIBJL à Rome, ce premier séminaire a réuni des orateurs de premier plan issus de différentes disciplines.
La conférence d’ouverture a été donnée par Olivier Rey, philosophe et mathématicien, professeur à l’Université Paris 1 et chercheur au CNRS, qui a planté le décor en évoquant la différence entre intelligence humaine et intelligence artificielle. « Parce qu’un dispositif technologique réalise des performances qui, chez un être humain, en appellerait à son intelligence, nous sommes portés à attribuer à ce dispositif une intelligence qu’en vérité il n’a pas » souligne le philosophe. « La machine va de la question à la réponse, sans passer par la compréhension ». Sans nier pour autant la nécessité d’avoir recours à l’IA, il alerte sur son danger majeur : « un rabougrissement de l’intelligence humaine », mais aussi « un rabougrissement moral » qui peut inspirer des conduites calamiteuses. Peu à peu, nos facultés naturelles risquent d’être prises de court. Il nous revient d’apprendre à nous servir de l’IA, mais aussi à savoir nous en passer.
Une table ronde réunissant Stéphane Ragusa, président fondateur de Prédilife et docteur en biologie moléculaire, Laetitia Pouliquen, présidente du think tank NBIC Ethics, membre de l’Alliance européenne pour l’IA auprès de la Commission européenne, et Jean-Marie Le Mené a ensuite été organisée. L’occasion d’aborder à la fois les implications, les avantages et les risques de l’IA en santé. Parmi les évolutions récentes, Laetitia Pouliquen a appelé à la vigilance sur certaines utilisations comme « le jumeau numérique » ou les interfaces cerveau-machine. « Si la généralisation de l’IA et des algorithmes ne s’accompagne pas d’une réflexion sur la nature de l’homme, la société risque de sombrer dans des dérives dystopiques et transhumanistes » prévient-elle.
En fin d’après-midi, le séminaire s’est achevé par une conférence passionnante du Pr Bernard Schumacher, professeur de philosophie à l’université de Fribourg et à la Master-Class Jérôme Lejeune, sur « Le robot social, le patient et nous ». Avec trois portes permettant d’entrer dans une relation à l’autre, le regard, la parole et le toucher, il nous a conduit à nous interroger sur ce qu’implique prendre soin de la personne âgée. En se réduisant à « la surface présentable », à la technique, sans se laisser toucher, le robot social reste au seuil de la relation, sans entrer dans « une présence accueillante ». Le Pr Schumacher invite à aller au-delà, à se laisser interpeller pour accueillir l’autre et entrer dans « un présent compris comme don ». La présence à autrui n’est pas de l’ordre du mécanisme, la relation intersubjective relève du « mystère ». « C’est avant tout une manière d’être en relation au monde et à autrui qui ne cesse de s’ajuster sans jamais s’imposer, car caractérisée par une ouverture et une écoute gratuites ». « Il y va non seulement de la dignité de la personne âgée, mais aussi de celle du soignant, comme de la vie en société » pointe le philosophe.
Un séminaire dense, riche et passionnant, avec des clés pour utiliser cette technologie avec la juste distance, sans perdre la spécificité de l’humain, ni transformer la relation de soin. Une belle occasion pour les étudiants de la Master-Class Science et Éthique Jérôme Lejeune de se retrouver et d’approfondir leur formation avec ce sujet brûlant d’actualité.
Master-Class Science et Éthique Jérôme Lejeune : une formation ancrée dans la réalité des soignants
Depuis dix ans, la Master-Class Science et Éthique répond à un besoin réel : celui des jeunes soignants et étudiants en médecine en quête de repères éthiques solides dans un environnement médical de plus en plus désorienté. La Master-Class leur donne les fondements anthropologiques, juridiques et philosophiques nécessaires pour interroger des pratiques qu’on leur présente ailleurs comme évidentes.
Public : étudiants en médecine, jeunes professionnels de santé, chercheurs, juristes et philosophes, (à partir du M1, sauf pour les étudiants en médecine). Depuis 2017 ce sont près de 1 000 étudiants formés et qui constituent désormais un réseau.
Formateurs : enseignants d’université, professeurs hospitaliers, juristes et philosophes
Contenu : 80 heures de cours (octobre à mai) le mardi soir de 20 h à 22 h, en présentiel à Paris et en e-learning
Possibilité de poursuivre la formation par le diplôme universitaire (DU) « résilience et situation de soin complexe » à l’Institut catholique de Paris (ICP) ou le parcours « Évolution des pratiques médicales et Bioéthique » intégré au M2 Biologie-Santé de l’Institut catholique de Vendée (ICES).
- Catégories
Derniers articles
Recevez chaque mois les expertises et les événements de la fondation dans votre boite email !
« * » indique les champs nécessaires
