Au lendemain du deuxième rejet au Sénat et de l’annonce de la commission mixte paritaire, la proposition de loi sur l’euthanasie sera bientôt examinée en 3ème lecture par les députés. Rien n’est encore joué. Une assistante parlementaire a accepté de témoigner anonymement pour éclairer les coulisses du débat et l’impact concret de la mobilisation citoyenne.
Au lendemain du deuxième rejet au Sénat et de l’annonce de la commission mixte paritaire, la proposition de loi sur l’euthanasie sera bientôt examinée en 3ème lecture par les députés. Rien n’est encore joué. Une assistante parlementaire a accepté de témoigner anonymement pour éclairer les coulisses du débat et l’impact concret de la mobilisation citoyenne.
Les députés savent-ils tous déjà ce qu’ils vont voter, lors de la 3ème lecture à l’Assemblée nationale ?
Non, pas du tout. Il y a encore beaucoup d’indécis – j’en entendais encore certains dire hier qu’ils hésitaient – et les hésitants penchent aujourd’hui davantage vers le non ou vers l’abstention que vers le oui. On voit par ailleurs que le nombre de députés favorables au texte baisse. Il existe bien sûr des élus très idéologiques et militants pour l’euthanasie, mais beaucoup de députés de bonne volonté cherchent encore quoi penser. Ils manquent de recul sur le sujet, mais quand des élus respectés osent dire publiquement leurs doutes, cela ouvre une brèche. Il faut aussi prendre en compte le fait que, depuis les municipales, il y a de nouveaux députés qui n’ont pas participé aux précédents débats (Olivier Falorni, par exemple, a quitté son siège à l’Assemblée depuis son élection comme maire de La Rochelle) : on ne sait pas encore quel sera leur positionnement. Au final, il ne faut surtout pas relâcher la mobilisation car rien n’est joué. À chaque nouvelle étape législative, on a l’impression que tout recommence !
Qu’est-ce qui a fait évoluer le débat ?
Pendant longtemps, certains élus voyaient ce sujet comme un débat “cathos de droite”, très caricatural. Ce n’est plus du tout le cas. Beaucoup ont compris qu’il s’agit d’une vraie question, qui dépasse largement les clivages politiques. Dans l’évolution du débat, le retournement de certains présentateurs de télévision (Pascal Praud notamment) a beaucoup compté, ainsi que l’engagement de certaines personnalités comme le docteur Claire Fourcade. Elle a marqué des députés par son expérience, son calme, sa manière de parler concrètement des patients et des soins palliatifs. Des élus qui n’avaient jamais vraiment réfléchi au sujet ont commencé à se poser des questions.
Concrètement, qu’est-ce qui influence vraiment les députés ?
Ce sont les vrais témoignages, les rencontres, les histoires personnelles. Quand une personne prend son stylo pour raconter qu’elle accompagne son père malade depuis des années, ou qu’elle élève un enfant polyhandicapé, le député prend
conscience que derrière ce texte, il y a des personnes concrètes qui pourraient un jour être mises en danger si elles se sentent poussées vers une demande d’euthanasie. En fait, les promoteurs de l’euthanasie s’appuient souvent sur des récits très émotionnels (parfois visiblement inventés !) pour jouer sur le pathos. Pour contrebalancer, les députés ont besoin d’entendre des témoignages concrets qui mettent en lumière la valeur et la dignité de la vie humaine, même fragilisée. Ma députée par exemple est revenue bouleversée du colloque des Éligibles, avec des familles et des polyhandicapés engagés contre l’euthanasie. Cela a beaucoup fait évoluer son regard sur la question.
Le débat a-t-il permis une meilleure compréhension des soins palliatifs ?
Oui, clairement. Beaucoup ont découvert qu’il existait une alternative entre “souffrir le martyr” et “être euthanasié” : les soins palliatifs. Des députés hésitants comprennent aujourd’hui qu’avant de légaliser l’euthanasie, il faudrait déjà garantir un accès réel aux soins palliatifs partout sur le territoire. Beaucoup trouvent incohérent qu’on puisse obtenir une aide à mourir en deux jours, alors qu’il y a une longue liste d’attente pour les soins palliatifs… Ils commencent désormais à se dire : commençons déjà par développer les soins palliatifs pour tous, et reparlons de l’euthanasie plus tard.
Les citoyens peuvent-ils réellement peser sur le vote ?
Oui, beaucoup plus qu’ils ne l’imaginent. Quand un député retourne dans sa ville le week-end, qu’il croise des habitants au marché ou dans une association locale, et que plusieurs personnes lui disent : « J’aimerais vous parler de ce sujet », cela compte énormément. En tant qu’assistante parlementaire, je les vois revenir à l’Assemblée le mardi et me dire : « on m’a dit ça ce weekend…». Les échanges les plus influents ne viennent pas forcément des experts. Ce qui les influence le plus, ce sont les personnes que le député connaît déjà : le président de club de foot de son fils, une dame qui est dans la même association que sa femme… Quand ces personnes racontent leur expérience de vie, ou témoignent de leur inquiétude, cela peut vraiment faire évoluer une position. Même un député plutôt favorable au texte peut décider de s’abstenir s’il sent des inquiétudes fortes dans sa circonscription. Et quelques abstentions peuvent changer beaucoup de choses.
Quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs ?
Les députés ont besoin d’entendre votre voix ! Écrivez à votre député, si possible par un courrier postal, ou mieux encore demandez un rendez-vous. Vous serez entendu : mon député reçoit une quinzaine de demandes de rendez-vous par semaine, et il les honore toutes. Privilégiez le récit d’expériences concrètes et personnelles, surtout si vous êtes (ou avez été ou serez bientôt) soignant, aidant ou “éligible”. Si vous n’avez pas d’expérience de ce type à raconter, n’hésitez pas à faire part à votre député de votre réflexion, de votre inquiétude vis-à-vis de cette loi. Elle concerne tout le monde. Et ce débat n’est pas terminé.
Des outils pour aller plus loin : 👉prendre RDV avec son député : mode d’emploi (argumentaire, chiffres-clés, conseils pratiques) 👉envoyez une carte postale à votre député depuis chez vous (avec un des visuels de la campagne inter-associative contre l’euthanasie) 👉écrire un email à mon député (à personnaliser en quelques clics) |
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