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Essais cliniques dans la trisomie 21 : le passage décisif vers des traitements

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26 Nov 2025 Essais cliniques dans la trisomie 21 : le passage décisif vers des traitements

Début 2024, l’étape clé des essais cliniques a été franchie pour la Leucettinib-21, molécule développée pour réduire l’activité de la protéine DYRK1A impliquée dans les troubles cognitifs de la trisomie 21. Pour la première fois, après des années de travaux en laboratoire et sur des modèles animaux, cette molécule a été administrée à l’homme.

Un projet né d’une découverte inattendue

L’histoire de la Leucettinib-21 est aussi celle d’une intuition scientifique audacieuse. Tout commence avec une protéine, DYRK1A, dont la surexpression est directement liée à certains troubles cognitifs observés dans la trisomie 21. L’idée de s’inspirer du vivant pour la réguler a ouvert une piste décisive. L’équipe du laboratoire ManRos
Therapeutics, à Roscoff en Bretagne, a montré que les leucettines, des molécules dérivées d’un produit naturel extrait d’une éponge marine, étaient capables d’inhiber DYRK1A. De cette découverte est née en 2014 une aventure scientifique collective, mobilisant biologistes, chimistes et médecins, avec le soutien de la Fondation, pour transformer cette molécule brute en un candidat-médicament adapté à l’homme. C’est ainsi qu’après de longues années d’efforts et d’améliorations, la Leucettinib-21 a vu le jour. Le 13 décembre 2023, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) autorisait le lancement des essais cliniques.

Avant tout, ne pas nuire !

La première phase de ces essais a commencé par l’administration d’une dose unique croissante à des volontaires sains, jeunes hommes en bonne santé : une première dose infime à une personne, puis une deuxième dose un peu plus forte à une autre personne, et ainsi de suite. L’essai s’est poursuivi par l’administration d’une dose multiple croissante, toujours à des volontaires sains.

Il s’agit d’un protocole classique pour une première phase d’essais cliniques : il faut s’assurer que le traitement ne représente aucun danger. C’est la mise en pratique du principe ancestral primum non nocere, « d’abord, ne pas nuire ». Avant d’espérer un bénéfice, il faut s’assurer que la molécule est bien tolérée par l’organisme et qu’elle peut être administrée en toute sécurité.

Avant d’espérer un bénéfice, il faut s’assurer que la molécule est bien tolérée par l’organisme.

Depuis le début des essais, aucun effet indésirable grave de la Leucettinib-21 n’a été observé et de façon générale, la molécule est remarquablement bien tolérée.

Désormais, une étude similaire est menée chez de jeunes adultes porteurs de trisomie 21. Cette étape est particulièrement importante : elle permettra de préciser comment l’organisme des personnes avec trisomie 21 réagit à la molécule. Si ces résultats sont satisfaisants, la phase 2 pourra être préparée, ouvrant la perspective de confirmer chez l’homme l’efficacité du traitement sur les fonctions cognitives.

Un parcours long et exigeant

Après la phase 1 viendront les phases 2 et 3 qui mesureront l’efficacité de la molécule, tout en poursuivant les contrôles de sécurité, avant une éventuelle autorisation de mise sur le marché.

À chacune de ces étapes, les défis seront nombreux. D’un point de vue scientifique, d’abord : il faut définir des critères pertinents pour mesurer l’effet d’un traitement. Si le critère est mal choisi, l’effet du médicament pourrait ne pas être mis en évidence ni le produit commercialisé, même s’il apporte effectivement un bénéfice. Dans la trisomie 21, cette question est particulièrement délicate : quels indicateurs choisir pour évaluer une amélioration cognitive ? Des indicateurs biologiques devront notamment être identifiés pour vérifier que la molécule atteint bien sa cible – la protéine DYRK1A -, et analyser son mécanisme d’action chez l’homme.

La recherche clinique s’inscrit dans un temps long, fait de rigueur scientifique, de vigilance éthique et de patience.

Le défi sera aussi organisationnel : il faut recruter suffisamment de participants, ce qui est particulièrement difficile pour une population spécifique comme celle des personnes trisomiques 21. Enfin, sur le plan financier, chaque phase d’essai représentera un budget de plusieurs millions d’euros. Ce coût augmente de manière quasi-exponentielle au fur et à mesure de l’avancée des essais cliniques, car le nombre de volontaires à recruter augmente à chaque nouvelle phase. Un effort considérable, mais indispensable pour espérer un jour proposer un traitement fiable et sûr.

La recherche clinique s’inscrit dans un temps long, fait de rigueur scientifique, de vigilance éthique et de patience. Chaque étape construit un faisceau de preuves indispensable pour qu’un nouveau traitement puisse bénéficier aux patients. Quand elle est franchie, chaque avancée est un motif d’espoir et un accomplissement scientifique. Pour les familles, c’est le signe que la recherche progresse concrètement. Pour la Fondation Jérôme Lejeune, c’est une responsabilité : avec le soutien de ses donateurs, mettre tout en œuvre pour qu’aucun espoir sérieux ne soit abandonné en chemin.

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